On attendait un tremblement de terre. C’est au contraire une balade légère que met en scène Fabrice Gorgerat. BachOwsky se promène en effet sans tension entre les figures antagoniques de Jean-Sébastien Bach, compositeur ascensionnel, et Charles Bukowski, écrivain des profondeurs pestilentielles. Mr. BachOwsky, être hybride annoncé dans le programme, advient-il dans cette proposition? Pas vraiment. Mais peu importe. On ressort de ce travail attachant avec une sensation d’apaisement.

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Deux voix résonnent

Bach est l’artisan des trouées musicales et lumineuses qui soulèvent l’âme et laissent deviner un bout de ciel. C’est un artiste vertical, au service d’un idéal. A l’inverse, Bukowski, dont l’enfance a été brisée par un père violent, colle au plancher de la pire humanité et, entre femmes et alcool, il s’est taillé une existence en rébellion. Ses poèmes et récits contiennent parfois, souvent, cette détestation. Mais certains cherchent aussi la sublimation.

A l’Arsenic, on entend ces deux voix. D’un côté, le corps secoué de spasmes, Tamara Bacci fustige ces éternels déçus, qui «bien qu’ils n’aient rien fait de bien se sentent victimes d’une injustice et noient la terre de leur haine». De l’autre, résonne plusieurs fois cet hymne à l’absolu dans lequel Bukowski avance qu’on ne peut pas vaincre la mort, mais qu’on peut vaincre la mort dans la vie. Autrement dit, on a cette mission: être des vivants très vivants et non des zombies à moitié endormis.

Le monde dans un puzzle

Vivants, les interprètes de BachOwsky le sont à 100%. A commencer par Julien Faure qui, dos nu, se contorsionne comme un oiseau altier, étrange animal. Plus tard il sera Bukowski visitant sa mère à l’hôpital. Chaque fois, l’acteur est palpitant, intense, menaçant. Tamara Bacci joue une carte plus secrète. Sur les partitas et sarabandes de Bach que le musicien George Van Dam exécute avec précision au clavecin ou au violon, la danseuse cherche la meilleure façon de bouger, une fluidité. Quant à Catherine Travelletti, elle est la part naïve de la soirée. Celle qui, au micro et de sa voix étonnamment grave, fait le vœu de construire un monde meilleur. Lequel commence par… la réalisation d’un puzzle géant! BachOwsky n’est pas un spectacle brûlant. C’est une invitation à trouver sa marche singulière, créative, dans le grand tourbillon.


BachOwsky, jusqu’au 9 juin, Arsenic, Lausanne.