La rose pourpre de l’hiver, c’est Programme commun. Parce que ce festival, porté depuis 2015 par le Théâtre de Vidy, l’Arsenic et Sévelin 36, est un pot-pourri de formes et de paroles contemporaines. L’occasion de repérer des tics d’époque, de distinguer des singularités surtout.

Programme commun est à sa façon gourmande un acte politique. L’idée qu’à trois, on peut mettre en mouvement un public (10 000 billets seront en vente), des ambassadeurs de théâtres suisses et internationaux – près de 250 programmateurs sont espérés à Lausanne, du 25 mars au 5 avril. Ils y feront leur marché, comme on dit. Trafic amoureux, si on veut. Patrick de Rham s’en réjouissait mercredi en fin de matinée. L’hôte de l’Arsenic recevait ses pairs, Vincent Baudriller et Philippe Saire, respectivement directeurs de Vidy et de Sévelin 36. Face à la presse, le triumvirat a invité à humer la sixième édition de son bouquet.

Le casting est fidèle à l’esprit: des figures aimées du circuit contemporain – Stefan Kaegi, Marco Berrettini, Marie-Caroline Hominal, Thomas Hauert – mettent en relief des dynamiteurs moins identifiés, à commencer par Augustin Rebetez et Niklas Blomberg, qui reprendront leur Voodoo Sandwich. Vers qui se précipiter alors? Les amateurs de textes brûlants iront voir à Vidy Contre-enquêtes, d’après le roman de l’Algérien Kamel Daoud. L’Allemand Nicolas Stemann, qui codirige le Schauspielhaus de Zurich, guide Mounir Margoum et Thierry Raynaud dans cette vision à front renversé de L’Etranger d’Albert Camus.

Pièces fauves

Si vous êtes chasseur d’œuvres fauves, vous plongerez dans Outrage au public, réquisitoire de Peter Handke, que l’intense Emilie Charriot promet de libérer à sa façon. Vous reniflerez encore les habits rances de la famille réunie par Thomas Bernhard – cet autre atrabilaire – dans Avant la retraite. Aurélien Patouillard, Marion Duval et Camille Mermet se glissent dans les meubles d’un trio nazi.

Si vous cherchez des corps hors la loi, vous accueillerez les Démons sans qualité de la Lausannoise Julie Monot, ex-maquilleuse qui s’intéresse aux esprits frappeurs. Sa bande occupera les 27 et 28 mars les foyers de l’Arsenic. Vous vous laisserez aussi perturber par la danseuse Chiara Bersani, qui transforme son handicap en arme politique. Dans Seeking Unicorns, elle défait les mailles de nos normalités, à Sévelin 36.

Si vous êtes obsédé par des présences improbables, vous suivrez à Vidy encore le jeune Simon Senn dans B Arielle F, créé au Grütli à Genève. L’artiste a acquis le clone virtuel d’une certaine Arielle F. «Je me suis senti bien dans ce corps», détaillait-il mercredi. Au point de chercher à rencontrer son propriétaire en chair et en âme.

«S'immerger dans une temporalité autre»

Un vrai festival alors que ce rendez-vous? Oui, sauf qu’avec ses salons d’artistes où on présente, à d’éventuels acheteurs, l’esquisse d’une création, ses échanges aussi entre créateurs des différentes régions linguistiques du pays, Programme commun s’adresse peut-être d’abord à des professionnels.

«C’est un festival pourtant, insiste Patrick de Rham, avec la possibilité unique d’enchaîner, sur un week-end, une demi-douzaine de spectacles, ou de s’immerger dans une temporalité autre, comme le propose le chorégraphe Alex Baczynski-Jenkins.»

Les 3 et 4 avril, celui-ci devrait vous faire vivre cela. Une nuit de catacombes d’abord. Les secousses d’une basse sans vergogne. Le passage de cinq silhouettes pieuvres. Leur danse aspirera tout, pendant trois heures. Vous devriez alors vous fondre dans leur mouvement. C’est ce qui s’appelle aussi faire programme commun.


Renseignements sur le site Programme-commun.ch.