Un public essentiellement féminin et plutôt mûr. Daniel Fazan est une voix mythique de la radio et ça se sent. Les spectatrices ont d’emblée un faible pour cet animateur producteur qui a su faire ami-ami avec le public romand. L’inverse est moins évident. Parce que, dans Vacarme d’automne, il évoque les ravages de l’âge, Daniel Fazan n’hésite pas à griffer les héroïnes du premier rang. «J’ai peur de vieillir. Et ce que je vois ne me rassure pas», lance-t-il en fixant ses victimes. Mais tout cela, c’est pour rire, pour mieux avaler la pilule des années. Car, qu’il parle de son métier, de sa femme ou de sa maman, Daniel Fazan, dirigé par Laurent Gachoud dans ce premier seul en scène, est avant tout attachant.

C’est une secte?

En Fantômas du plateau, l’histrion arrive par-derrière et décrit son avancée dans les travées comme une expédition polaire. Premier coup de dent, il qualifie au passage une spectatrice de «mal habillée». Le ton est donné. L’homme cultive une tendresse bourrue, un peu vacharde, valaisanne, pourrait-on dire. Qui sert de fil rouge à la soirée. Sur scène, deux chaises rouges, installées tête-bêche, lui posent question. «Vous avez payé un billet pour admirer ça? C’est une secte?» On rit, car le blagueur a l’air sincèrement perplexe.

Elle est peut-être là la principale qualité de Daniel Fazan. Sa sincérité. L’homme est ce dont il parle. Il incarne ce ralentissement du corps lié au vieillissement. Mais l’esprit est encore vif. Lorsqu’il se remémore un épisode honteux de sa carrière, on rit avec lui. On rit aussi quand un médecin, le nez plongé dans la raie de ses fesses, lui déclare: «C’est formidable de pouvoir mettre un visage sur une voix!» Et on rit encore, beaucoup, lorsqu’il fait les accents de deux auditrices en détresse botanique qui, sur les ondes, appellent Monsieur Jardinier.

Son épouse: une «warrior» du rire

La mort rôde dans ce spectacle. Et avant elle, la maladie. Très beau passage lorsque son ami Yvan lui confie au téléphone son exit volontaire. Magnifique moment sur la maman, poète à sa manière et toujours protectrice dans son EMS. Mais Daniel Fazan, alias Loulou, ne serait rien sans sa «douce», son épouse, dont l’humour égale le courage et ensoleille ses journées. Aux soins intensifs, entubée de partout, la warrior du rire a encore trouvé le moyen de déjouer la morosité. A son Loulou qui lui demandait ce qu’elle mangerait si elle pouvait tout se permettre, la gaillarde a répondu: «Une choucroute, j’ai déjà les saucisses», en montrant ses doigts gonflés. L’humour sauve de tout. Daniel Fazan, un brin rudoyant, le montre à merveille dans le récit de son automne mordant.

En 2000: une chronique radio à propos de l'émission de Daniel Fazan.


Vacarme d’automne, jusqu’au 18 juin, Pulloff, Lausanne.