Formation

A Lausanne, la Manufacture propose un bachelor en danse contemporaine inédit

La Haute Ecole de théâtre de Suisse romande s’enrichit d’une filière danse, forte d’un partenariat avec Parts, centre de formation basé à Bruxelles parmi les plus réputés d’Europe. Respectivement directeur de la Manufacture et responsable de la formation, Frédéric Plazy et Thomas Hauert racontent leur rêve d’école

La Manufacture, accoucheuse d’étoiles

Formation La Haute Ecole de théâtre de Suisse romande ouvre sa filière danse

Elle offrira un bachelor, titre inédit dans le domaine

«Une école d’art à l’américaine à Lausanne, avec un campus où cohabitent élèves comédiens, apprentis metteurs en scène et, dès septembre, danseurs novices.» Il est 18h30, mardi à la Manufacture – le nom qu’on donne à la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande. Calé dans un fauteuil, Frédéric Plazy, cet astrophysicien de formation qui dirige la maison depuis 2010, formule son ambition. Il y a une heure à peine, des garçons et des filles jouaient leur vie – un peu – sous les yeux d’un jury. Leur rêve? Etre admis au sein de la première filière danse contemporaine à offrir en Suisse un bachelor – ce que la Haute Ecole d’art à Zurich s’apprête à proposer aussi. Un diplôme ne fait pas le talent, certes. Mais il représente une reconnaissance: la possibilité d’une reconversion de haut niveau notamment.

Se doter de tous les atouts pour que la Manufacture danse. C’est ce que Frédéric Plazy a voulu. En confiant au chorégraphe suisse Thomas Hauert la responsabilité d’une formation qui court sur trois ans. Et en scellant une alliance avec Parts (Performing Arts Research and Training Studios), l’école fondée à Bruxelles en 1995 par Anne Teresa De Keersmaeker, école de danse contemporaine parmi les plus réputées d’Europe. Avantage de la formule? Les deux instituts pourraient se partager des professeurs de haut vol – Thomas Hauert enseigne aussi à Parts. Pour le moment, une autre session d’examens d’entrée à la Manufacture est prévue à Bruxelles, entre les 10 et 12 mai, à l’intention des étudiants étrangers. Il est encore possible de postuler pour ces auditions – à condition de déposer son dossier d’ici au 17 avril.

Voilà pour le cadre. Il est 18h30, Frédéric Plazy et Thomas Hauert nous accueillent. Ils ont traqué le cachalot blanc. C’est du moins ce que leurs yeux disent. Toute la journée, ils ont cherché l’être sous la technique. Choisir, c’est pêcher, dans toutes les écoles du monde. Et espérer Moby Dick. A Lausanne, ils ont été 58 à affronter ce premier tour. A Rudra-Atelier Béjart, début mars, ils étaient 289, représentant 35 nationalités, selon Michel Gascard, patron d’une enseigne très implantée. Déçu, Frédéric Plazy? Non, «pour une première, c’est satisfaisant». L’âge des postulants? Celui de la maturité fédérale – prérequis – ou du certificat fédéral de capacité en danse, délivré à Genève par le Centre de formation professionnelle Arts appliqués. Particularité, il n’y a pas de limite d’âge pour postuler, contrairement à l’habitude.

L’enseignement se veut lui aussi distinctif. Bachelor oblige, il fait une part importante à la théorie, en collaboration avec l’Université de Berne, qui possède une section d’études théâtrales et chorégraphiques. «L’histoire de l’art, celle de la danse, mais pas seulement, est au programme», explique Frédéric Plazy. Le reste est plus classique (lire encadré), qui comprend yoga, Pilates, arts martiaux et des cours techniques, évidemment. «Notre programme n’est pas basé sur le ballet classique, précise Thomas Hauert. Le classique est abordé comme d’autres langages. Notre ambition, c’est de proposer aux élèves une palette de styles et de favoriser leur créativité. Nous ne voulons pas seulement former des interprètes, mais des créateurs potentiels.»

Une école de théâtre et de danse sous le même toit, n’est-ce pas le risque de diluer l’identité du lieu? «On peut certes concevoir des ateliers communs, répond Frédéric Plazy. Les élèves acteurs suivent depuis longtemps des cours de mouvement. Mais il faudra d’abord asseoir la légitimité de la danse ici. Nous intégrerons ensuite la porosité.» La Manufacture s’élargit, conformément à ce que Charles Kleiber, président du conseil de fondation de la HETSR annonçait en 2010 (LT du 18.06.2010).

Dans un avenir proche, un master en chorégraphie devrait voir le jour, alter ego de celui qui existe en mise en scène. Mais pour le moment, les petits-enfants d’Isadora Duncan et de Merce Cunningham espèrent. Douze d’entre eux fréquenteront dès septembre le campus rêvé par Frédéric Plazy. Ils transformeront la Manufacture en phalanstère ailé.

«Notre ambition, c’est de proposer aux élèves une palette de styles et de favoriser leur créativité»

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