Six oppositions séparent encore l'Opéra de Lausanne du bonheur. La maison vaudoise a programmé depuis quelques années son entrée dans la modernité, en s'octroyant un projet architectural qui la dote de nouvelles structures efficaces et en conformité avec les normes de sécurité en vigueur. Ce plan de refonte a été fortement ralenti en juillet 2006 par les recours des riverains. En cause, le dépassement du sommet du bâtiment de 13 mètres au-dessus de la limite fixée par le plan d'affectation. Silvia Zamora, municipale en charge de la culture, n'a pas eu le choix: face au risque de voir le projet rejeté par le tribunal, elle l'a simplement retiré.

Aujourd'hui, elle revient avec une copie corrigée: «Nous avons modifié le plan du quartier pour permettre d'y insérer le projet de l'opéra. De son côté, le bureau d'architecture Devanthéry-Lamunière s'est attaqué aux points sensibles, en abaissant la hauteur de la cage de scène et en corrigeant la hauteur de la structure qui la jouxte.» Affaire entendue? Pas tout à fait: six riverains continuent de s'y opposer. Leurs positions seront traitées par le Conseil municipal de la Ville de Lausanne dans le courant de l'été. Déboutés, ils pourront encore recourir auprès du Tribunal administratif.

Le scénario le plus optimiste prévoit l'ouverture du chantier pour le printemps 2008. Après le passage des pioches et des pelles, plus rien ne sera comme avant. L'Opéra de Lausanne pourra dès lors compter sur une nouvelle cage de scène, atout central selon l'architecte Patrick Devanthéry: «Sa transformation et son élévation permettront de travailler dans des conditions nettement plus confortables. On pourra désormais accueillir les décors réalisés par d'autres maisons d'opéra sans devoir dépenser de l'argent pour les adapter aux dimensions actuelles.»

Au sommet de ce cube, de nouveaux moteurs régleront les mouvements des décors, tandis que la base de cette structure abritera de véritables coulisses. A ses côtés, il y aura enfin une salle de répétition spacieuse, sise au niveau de la scène, «ce qui facilitera le passage du matériel et du décor», note Patrick Devanthéry.

Une réfection à 28 millions

Devisé à 28,6 millions de francs - dont 25,3 pris en charge par la municipalité - la réfection comportera aussi un coût artistique important. L'Opéra de Lausanne devra s'exiler au mieux pendant les trois prochaines saisons. Celle de 2007-08, qui a été dévoilée hier (lire ci-dessous), prendra ses quartiers dans la salle Métropole et au Théâtre Beaulieu. Le déménagement et ses désagréments ont poussé le directeur du théâtre, Eric Vigié, à redimensionner l'offre. Le nombre de spectacles proposés est ainsi passé de sept à six. Les représentations sont réduites à trois (Théâtre Beaulieu) et à quatre (Salle Métropole) au lieu des cinq habituelles.

Ces lieux d'exil nécessitent à leur tour des interventions parfois lourdes pour les rendre compatibles avec des ouvrages lyriques. C'est le cas de la Salle Métropole, qu'Eric Vigié qualifie de coquille vide: «Nous allons faire construire une fosse modulable pouvant accueillir une cinquantaine de pupitres. Nous allons aussi corriger son acoustique, plus réverbérante que la salle de l'Opéra, avec des tissus. Il faudra surtout installer les éclairages et les mécaniques de plateau qui permettent des mouvements de décors peu exigeants.»

Le déménagement engendrera des coûts évalués à près d'un million de francs, montant ôté de l'enveloppe artistique. Eric Vigié est dès lors contraint au sans-faute pour rentabiliser les spectacles à l'affiche. La réduction des moyens financiers et du nombre de représentations rend les calculs simples: «Avec les opéras programmés au Théâtre Beaulieu, nous devons attirer 4500 spectateurs en trois soirées. C'est le seuil qui nous permettra d'amortir les coûts.»

Voilà qui détermine, dans la plus grande salle de Suisse, une affiche populaire qui devrait attirer le grand public: Lucia de Lammermoor de Gaetano Donizetti, La Bohème de Giacomo Puccini et Carmen de Georges Bizet.