Scènes

A Lausanne, on change les citrons en limonade

Au Pulloff, Geoffrey Dyson dresse avec le public la liste de «Toutes les choses géniales». Chaleureux et vivifiant

«Descendre une côte à vélo», «Les oranges très bonnes», «Faire la paix après une dispute», «Les films de Sergio Leone». Ou encore, parce qu’on ne s’en lasse pas: «Lire quelque chose qui exprime exactement ce que vous ressentez», «La voix d’Yves Montand», «Passer une nuit blanche à discuter», «La perspective de se costumer en catcheur mexicain»…

Des choses géniales qui remontent le moral, Duncan Macmillan en imagine un million (!) dans Every Brillant Thing son monologue antidépression. Et la version partageuse qu’en donne Geoffrey Dyson au Pulloff, à Lausanne, prolonge cet élan bienfaisant. Installé sur la scène, le public participe activement à l’histoire de cet enfant qui dresse pour sa mère bipolaire la liste de Toutes les choses géniales, capables de transformer les citrons en limonade.

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Un spectateur pour le vétérinaire, un autre, plus âgé, pour le père, un troisième, pour le professeur du gymnase, tandis qu’une spectatrice joue madame Barjaque, la psychologue scolaire, et une dernière, plus jeune, incarne Sam, la petite amie et future femme du narrateur. Choisis par Geoffrey Dyson, ces valeureux volontaires entrent dans le cercle de jeu et suivent les consignes de l’acteur avec une précision de métronome. Le public raffole de ces interventions où chaque participant se raconte à travers sa manière d’enfiler le costume du personnage. Certains sont timides, d’autres plus affirmés. Ceux qui, mis en confiance, inventent et prennent des initiatives connaissent leur petit succès. Le rire naît aussi de ces moments où le jeu échappe à celui qui le mène.

Une voix pour chaque perle

L’audience élargie? Elle est également sollicitée. Avant le début du spectacle, chaque personne reçoit un billet sur lequel figure une des choses géniales qu’elle devra restituer au top donné. Voix forte, voix fragile, voix jeune, voix usée, chacun, chacune amène son grain dans cette énumération chasse-chagrin. Cette idée, qui vient de l’auteur Duncan Macmillan et de la star anglaise du stand-up Jonnie Donahoe, a deux grandes qualités: elle maintient le public aux aguets et l’associe à cette réflexion sur la saveur de la vie, «malgré les jours de pluie».

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Car l’objectif de Duncan Macmillan est clair. L’écrivain anglais a écrit cette nouvelle devenue un célèbre one man show pour lutter contre les idées suicidaires. S’en prenant vertement à l’effet Werther – ce syndrome qui veut que le suicide d’une personnalité aimée, comme Marilyn Monroe, soit suivi d’une vague similaire par contagion –, le narrateur n’a qu’un conseil à adresser à cette population tentée par la disparition: «Ne le faites pas, un jour, ça ira mieux!»

Ray Charles au chevet

Dans le récit, le héros est confronté très jeune aux décompensations de sa mère et c’est suite à une de ces crises tragiques qu’il commence à dresser la liste des bonnes choses et des bons moments du vivant: les glaces, se gicler, les montagnes russes, etc. Plus le temps passe, plus la liste s’affine, gagne en maturité. La musique joue aussi un rôle essentiel dans cette épopée. Elle raconte les états du père et accompagne le spleen du fils. Le jazz est l’ami de Duncan Macmillan. Sur la scène du Pulloff, Drown In My Own Tears, de Ray Charles, fait monter l’émotion d’un cran.

On l’a compris, ce solo fait rire et chavire les cœurs. Le public ne s’y trompe pas. Présent en nombre pour égrener ces perles existentielles, il ressort réjoui de ce beau pari sur la vie.


Toutes les choses géniales, jusqu’au 6 juin, Pulloff Théâtres, Lausanne.

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