Théâtre

Lausanne parie sur Patrick de Rham pour le Théâtre de l’Arsenic

L’actuel directeur des Urbaines, 43 ans, succédera le 1er juillet 2017 à Sandrine Kuster à la direction d’une scène dédiée aux expressions contemporaines. Ce programmateur affûté dévoile ses ambitions

Le sprint fut acharné et les connaisseurs ne le donnaient pas gagnant. Pour succéder à Sandrine Kuster à la tête de l’Arsenic à Lausanne, beaucoup pariaient sur Denis Maillefer, cet ultra-sensible dont chaque spectacle est une boule stroboscopique qui éclaire l’intimité et l’époque. Ou sur le duo formé par Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre, ces artistes raffinés qui ravivent des mythologies couleur sépia. C’est le Lausannois Patrick de Rham, 43 ans, qui les coiffe sur la ligne. Le directeur du festival des Urbaines jettera son barda le 1er juillet 2017 dans un bâtiment aux allures de manufactures. Son ambition? Insuffler, dans le sillage de ses prédécesseurs, Thierry Spicher et Sandrine Kuster, cette énergie qui transcende les frontières, des genres et des pays.

Son expérience de directeur de festival valorisée

Artiste ou programmateur? telle paraissait être la question pour l’Arsenic. Le Théâtre de Vidy est dirigé par un producteur, Vincent Baudriller; le Théâtre Kléber-Méleau par un créateur, Omar Porras. Quel profil fallait-il favoriser pour une maison qui est historiquement, depuis sa fondation en 1989 par l’acteur Jacques Gardel, une vitrine pour la création locale? «La question s’est posée, évidemment, mais la force du projet de Patrick de Rham a fait peser la balance, explique Fabien Ruf, chef du service de la culture de la Ville de Lausanne. Ce qui a été aussi déterminant, c’est son expérience de directeur de manifestation. Il connaît parfaitement la scène lausannoise et il est porté par une ambition artistique qu’il a affirmée comme patron de festival.» 

Lire également: Créateur ou programmateur? L'Arsenic connaîtra bientôt son futur directeur

Vous avez dit «projet»? Mais quel est-il?  «J’arrive dans un lieu qui a une histoire, écrite par Thierry Spicher et Sandrine Kuster, qui a fait depuis 2003 un travail exceptionnel, explique Patrick de Rham. Elle n’a pas seulement créé des liens forts et durables avec des artistes, elle a aussi ouvert la maison à toutes sortes d’expressions. Mon ambition est de poursuivre sur cette lancée et de privilégier, dans la programmation, la variété des disciplines. Je voudrais porter l’urgence des artistes. Ce n’est pas moi qui donnerai une couleur aux saisons, mais eux.»

Cette attention aux performers, aux plasticiens du son, aux chasseurs de sensations, Patrick de Rham l’affine depuis dix ans aux Urbaines, ce festival qui électrise Lausanne en décembre. L’Arsenic est une suite naturelle aux oreilles de ce mélomane, réalisateur à la Radio suisse romande dans une première vie. «Aux Urbaines, nous avons un principe qui est d’attirer l’attention chaque année sur un nouveau créateur. Il n’y a volontairement pas de suivi. La vertu de ce modèle, c’est qu’il nous oblige à étendre nos réseaux. Mais j’avais envie de passer à une autre dimension, d’accompagner des artistes sur la durée, de monter des projets de plus grande envergure, c’est la raison pour laquelle j’ai postulé à l’Arsenic.»

L'Arsenic, «un laboratoire» pour artistes

L’Arsenic restera donc fidèle à son pedigree, hybride, juvénile et aventureux. Mais avec l’arrivée en 2013  de Vincent Baudriller à la tête de Vidy, l’enseigne de la rue de Genève n’est plus seule à chérir les alchimistes de la forme. Comment s’épanouir alors à l’ombre de la grande ruche? «Il y a une différence d’échelle entre Vidy et l’Arsenic. Notre mission est d’être plus souple et plus réactif. Nous devons rester un laboratoire, c’est-à-dire permettre aux artistes de créer rapidement des objets légers et brûlants, qui seront des scansions dans la programmation. De telles productions au coût modeste sont de nature à intéresser des programmateurs étrangers touchés par la crise.»

De l’Arsenic, Patrick de Rham dit qu’il sert à questionner la sensibilité de la société. Des artistes, il n’attend pas des réponses, mais des questions qui lacèrent  les consciences. «Quand je suis devant une oeuvre que je ne comprends pas, j’ai tendance à m’enthousiasmer.» C'est un bon début.

Publicité