Toussaint

A Lausanne, un festival pour réfléchir à la place de la mort

Le premier festival Toussaint’s s’ouvre vendredi à Lausanne autour des rituels du deuil. La conteuse et thanatologue Alix Noble Burnand tente depuis longtemps de lever le tabou sur la mort

Il faut donner une place aux morts pour qu’ils ne prennent pas toute la place. C’est la grande idée du festival Toussaint’s qui s’ouvre vendredi à Lausanne, en lieu et place de la Fête de la Toussaint, rite délaissé par les catholiques et que les protestants ont même remplacé par le jour de la Réforme. Conçu par la conteuse Alix Noble Burnand, ce rendez-vous propose une réflexion sur la place de la mort et sur la manière dont elle est perçue aujourd’hui. Du 28 octobre au 2 novembre, à l’Espace culturel des Terreaux et Saint-Laurent-Eglise, une série de conférences, de débats et d’expositions sera menée par des théologiens, psychologues, sociologues et anthropologues.

Le Temps: Proposer un Festival sur la mort, n’est-ce pas brandir une thématique dont les gens n’ont justement pas envie de parler?

Alix Noble Burnand: Une société qui relègue la mort au rang de tabou se prépare de difficiles lendemains: à vouloir taire la mort, on risque bien de tuer la vie. De par mon travail de thanatologue, je suis confrontée aux questions de la perte et du deuil, pour les enfants, les adultes, les collectivités. Aujourd’hui, c’est un vrai problème: on en sait plus quoi faire et on ne fait rien. On tait la mort, elle prend toute la place et s’installe insidieusement dans les recoins de nos vies. Le jour de la Toussaint était un rite important pour donner visibilité aux endeuillés, penser à nos morts.

– Se recueillir sur une tombe une fois par an, c’était un rituel sain?

– Oui, ça permettait de créer un petit rendez-vous. Venir avec des fleurs, parler à nos morts, et puis partir. Plus de 90% de nos morts sont incinérés en Suisse aujourd’hui, nous avons besoin d’endroits où aller leur parler.

– Si l’on ne se rend plus à l’église et que l’on délaisse les rites sacrés, que nous reste-t-il pour communier avec nos morts?

– C’est le problème, nous sommes très seuls face au deuil. Je tente de donner un mode d’emploi. Oui, la mort est une violence faite aux vivants. Une blessure terrible. Oui, la mort délie, crée la rupture et le déchirement. Oui, elle est redoutable et haïssable. C’est une ennemie. Non, on ne l’apprivoise jamais.
Mais elle fait partie de la vie. S’y confronter sainement, c’est accepter sa présence comme inévitable et ne pas fuir dans l’illusion et le déni. Et refuser de lui soumettre l’entier de sa vie, elle n’aura pas le dernier mot.

– A qui s’adressent ces conférences?

– A tous. Comment annoncer un décès à un enfant, le faire participer aux rites. Comment est-ce que les adolescents vivent leur deuil à l’aide du numérique et des réseaux sociaux. Nous aurons des témoignages des chefs d’entreprise qui ont dû gérer l’une de ces situations en milieu professionnel.

– Vous venez vous-même de perdre votre fille. Pourquoi avoir choisi malgré tout de lancer le festival?

– Parce que tout était prêt. Et que si je ne le fais pas, je laisse trop de place à la mort. Ce n’est pas une tribune pour parler de ce qui m’arrive personnellement, mais j’en ai besoin plus que jamais.

A découvrir: Le festival Toussaint’s

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