scènes

A Lausanne, un spectacle convoque Tarantino avec brio

Dans «L’enculé au chapeau», au Pulloff, Geoffroy Dyson expose des petites frappes sous pression qui provoquent l’hilarité.

Costaud et envoyé! Si vous souhaitez assister à un combat de boxe théâtral, rendez-vous au Pulloff, à Lausanne jusqu’à ce dimanche. Geoffrey Dyson y crée «L’enculé au chapeau» qui, comme son titre l’indique, n’est pas un spectacle pour jeune fille fragile. Verbe cru, personnages aux abois, tromperies en série: le texte du New Yorkais Stephen Adly Guirguis saigne, mord, dégaine et les comédiens recrutés sur ce front secoué se font un plaisir de jouer à fond la situation.

Esthétique BD

Aux décors, Kym Staiff opte pour une esthétique inspirée des comics américain. Il a raison. Le «POW» qui orne le tapis jaune de Ralph ou le symbole d’explosion qui s’affiche sur le mur de Veronica disent bien le côté dynamité de la partition. Bien sûr, ce choix, relevant de l’illustration au premier degré, ne fait pas dans la grande finesse. Mais c’est l’esprit du texte. Qui n’hésite pas à faire dire à Veronica, cocaïnomane très en colère contre Jackie, son petit ami: «J’encule ta mère! OK? J’encule ta trou du cul de mère et son trou du cul de fils OK?» On comprend que la jeune femme soit comparée à Godzilla, question dégâts…

Grande maîtrise de jeu

Restitué à froid, ce type de dialogue peut faire peur. De fait, sans la maîtrise des comédiens, la pièce serait un calvaire. Mais, parce que les acteurs négocient parfaitement ce parler musclé, ils rendent crédible le côté petite frappe de ces désespérés. Le pitch? Une histoire délirante digne de Tarantino. Jackie (Mathieu Sesseli) aimerait célébrer sa libération de prison avec son amour de toujours, Veronica (Caroline Althaus), mais vire ulcéré lorsqu’il aperçoit chez elle un chapeau d’homme oublié. Sa quête du coupable l’emmène chez son parrain AA, Ralph (Edmond Vullioud) qui vit, lui aussi, avec une furie, Victoria, «réincarnation de Benito Mussolini» (Fanny Pelichet). Et chez son cousin Julio (David Marchetto), ex-addict au sexe et fan de Vandamme. Ralph n’est pas l’ami fidèle qu’il prétend être, contrairement à Julio qui confirme bien être le demeuré qu’il annonce d’entrée… On rit beaucoup de ces excès. Tellement d’ailleurs qu’on regrette presque la fin, plus sentimentale et apaisée.


L’enculé au chapeau, jusqu’au 29 janvier, Pulloff, Lausanne, 021 311 44 22, www.pulloff.ch

Publicité