«C'est notre dernière exposition. Nous avons décidé de fermer», annonce Antonia Donzé-van Saanen avec un peu de tristesse dans le voix. Avec Jean-Jacques Donzé, elle a ouvert à Lausanne la Galerie Donzévansaanen en août 2002 seulement. «Nous voulions présenter de jeunes artistes et nous devons reconnaître que le projet n'est pas viable. D'ailleurs, je m'interroge beaucoup sur la fonction des galeristes aujourd'hui», précise l'historienne de l'art, qui avait pourtant adopté un fonctionnement atypique, du moins dans nos contrées, en faisant parfois appel à des curateurs extérieurs. Ce dernier accrochage a d'ailleurs été confié à la Genevoise Eveline Notter et questionne justement la notion d'échange commercial autour des œuvres.

L'an dernier, Eveline Notter proposait dans la même galerie l'exposition Tout doit disparaître qui évoquait tant le thème de la disparition inhérent aux œuvres que le marché de l'art. Cette fois, Negociation: for Love or Money? interroge la façon dont l'art peut devenir objet d'amour et/ou acquérir une valeur marchande. Le visiteur a ainsi le choix, lorsqu'il convoite une œuvre, d'exprimer son désir avec une surenchère par rapport au prix indiqué, ou avec une lettre enflammée, passionnée. A l'artiste de choisir parmi ces différentes formes d'intérêt. Puis à s'arranger éventuellement avec son galeriste.

Séductions perverses

Malheureusement, peu de visiteurs se sont prêtés à ce jeu. Une poignée de messages, la plupart rédigés à la va-vite, peuvent être consultés. Peut-être le choix des œuvres explique ce qui s'apparente sans doute plus à du désarroi qu'à du désintérêt. Signées par des artistes pour la plupart déjà renommés, toutes sont en lien avec le dessinw et avec la séduction. Séduction sans doute, l'autoportrait photographique en nu musclé et tatoué portant escarpins à talons de Jean-Luc Verna. Ou les œuvres finalement assez subtiles d'Ingrid Luche, en strass incrustés dans le mur. Ou encore l'installation d'Anne-Lise Coste qui abreuve le visiteur de «I Love You». Mais, mis à part le Joli Cœur dessiné à l'encre de Chine par Pierre Vadi sur une couverture, les œuvres en sous-sol (Damien Deroubaix, Katia Bassanini, Marc Bauer…) impliquent des relations à l'amour et au sexe plus perverses. Et, sans manquer d'intérêt, ne favorisent guère les déclarations publiques.

Negociation: for Love or Money? Galerie Donzévansaanen (Cité-Derrière 20-28, Lausanne, tél. 021/312 48 48). Ma-ve 13h30-18h30, sa 12h30-17h30. Jusqu'au 19 décembre.