Le théâtre et l'église ont longtemps fait bande à part. Suspects de diableries en tout genre, les acteurs étaient persona non grata dans les nefs et à peine tolérés sur les parvis, à l'époque des mystères médiévaux. Ça, c'est de la vieille histoire. Le metteur en scène italien Walter Manfrè et la comédienne tessinoise Luisa Campanile le savent bien, eux qui n'hésitent pas à transformer les chaises cléricales en sièges de théâtre et les prie-Dieu en scènes miniatures. Vingt comédiens livrent ainsi actuellement au Centre paroissial d'Ouchy des aveux crapuleux ou poignants, 20 textes brefs commandés pour l'occasion à des auteurs suisses. Le tout donne La Confession, spectacle souvent poignant qui se joue à genoux et dans la pénombre qui sied aux actes de contrition.

Est-ce le glas? Ou une cloche moins solennelle? Sur le coup de 19 heures, 20 spectateurs (pas un de plus) se glissent sous le porche de l'église qui jouxte le Centre paroissial. Un abbé, soutane claire et pupilles de feu, invite le public à se recueillir. Puis il sépare ses ouailles, la gent masculine d'un côté, la féminine de l'autre, chacun étant alors invité à rejoindre sa chaise dans la nef. Le maître de cérémonie donne ensuite le ton de la soirée: un coup de clochette et voilà qu'apparaissent 20 pénitents, prêts à rejoindre leur poste, c'est-à-dire leur prie-Dieu. Chaque personnage a alors cinq minutes pour confier l'inavouable au spectateur devenu confesseur: le cœur qui reste sec au moment de l'enterrement de l'époux, les amours qui passent en coup de vent sans laisser de trace, la tentation suicidaire, etc.

Concert de chuchotements

Pas de tirades héroïques donc, au cours de ces aveux en série, dix par spectateur. Mais un concert de chuchotements. La singularité de cette Confession tient d'abord à l'abolition de la distance entre le public et l'acteur, à ce tête-à-tête qui rameute parfois nos propres fantômes. Elle tient aussi – et c'est sans doute l'un des grands plaisirs du spectacle – à une façon de violenter, sans le violer, le code de bonne conduite théâtrale. La tentation est ainsi souvent forte de répondre au personnage et d'entrer tête baissée dans la fiction. Cette sorte de tentation laisse l'apprenti-confesseur sur les genoux. Ce qui ne l'empêchera pas d'accorder son absolution à tous ces pécheurs, qui méritent bien un petit coin de paradis pour ce beau repentir théâtral.

«La Confession», Lausanne, Centre paroissial d'Ouchy, jusqu'au 24 février, à 19 h et 21 h

(tél. 021/616 26 72); puis Genève, Temple de Plainpalais, du 16 au 21 avril (tél.078/817 68 77).