C’est un espace d’exposition… de 12 mètres carrés. En soi, cette information suffit à interloquer – idéal, puisque c’est du Musée de l'Absurde que l’on parle! Oui, il existe et rouvrira ses portes samedi au Flon. Bienvenue dans un mini-cabinet en bois, antre où l’étrange côtoie le comique et l’improbable.

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«Rouvrira» car le musée, créé par l’artiste Sandra Romy, n’en est pas à son premier coup de folie. Né à Bienne en 2015, qu’il quittera quelques mois plus tard faute de financements, il s’établit ensuite à Vevey au sein d’un magasin de décoration, jusqu’à ce que le lieu se transforme en caveau pendant la Fête des Vignerons, le contraignant à déménager de nouveau.

C’est finalement à Lausanne qu’il a trouvé sa nouvelle maison. Un choix pas si absurde, puisque Sandra Romy y a grandi et étudié, à l’ECAL notamment. «A la base, j’avais imaginé un musée itinérant et, finalement, il le devient à mon insu!»

Aberration de l’existence

Pas de quoi décourager la directrice, donc: elle tient trop à sa bulle artistique décalée, conçue comme un contre-pied à certaines institutions où l’art est devenu trop rigide et mondain à son goût. Dans son musée, Sandra Romy veut remettre la création au centre et, surtout, refléter l’aberration de l’existence. «Tout est absurde, de la nourriture qu’on jette au climat en passant par les gens qui se perdent et s’abrutissent sur internet. J’ai envie de faire réfléchir», conclut-elle, installée dans le «jardin du musée» – comprendre un petit gazon synthétique parsemé de fausses crottes de chien… couleur betterave. 

Comment se matérialise l’absurde façon Sandra Romy? Par des œuvres «surréalistes, décalées, qui font rire ou rêver». Après des manettes de jeu vidéo tricotées ou des bouteilles de vin étiquetées façon cadavres exquis, le musée, raboté pour s’insérer à l’étage d’un bâtiment industriel de la rue de Genève, accueille les créations poético-énigmatiques de l’artiste vaudoise Andréanne Oberson.

Pages au scalpel

C’est une main trouée esquissée sur le mur, dans laquelle se dresse une silhouette féminine, qui attire d’abord le regard. Puis, en inspectant la pièce, on comprend mieux le nom de l’exposition, Inside Out: ou comment jouer avec les perspectives, les retourner. Sans gâcher la surprise, puisque le nombre d’œuvres est compté, disons qu’on y trouve aussi un miroir habilement placé, des livres qui exposent leurs entrailles (celles qu’on ne voit jamais) et un florilège de pages 306 orphelines qu’on a disséquées au scalpel pour révéler d’étranges poèmes.

Pour le reste, le vernissage est fixé à samedi, 17h07, avec houmous et DJ set. Plutôt que l’entrée, la sortie du musée sera payante et le prix laissé à l’appréciation des visiteurs. Espérant un soutien financier de la ville, Sandra Romy a en attendant prévu des cartes de membre, intitulées VAP – Very Absurd Person – et vendues 50 francs par an. En échange? «Une bise de ma part, rit la directrice. Et avec du rouge à lèvres!»


«Inside Out», Musée de l'Absurde, 19 rue de Genève, Lausanne. Vernissage sa 25 janvier à 17h07. Exposition à découvrir jusqu'en avril.