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Jacques Michel et Yvette Théraulaz, la valse des reproches.
© Vicky Althaus.

Scènes

A l’automne de la vie, la valse des reproches

Yvette Théraulaz et Jacques Michel jouent un couple qui s’est perdu au fil des années. A Genève, avant Sion, Neuchâtel et Lausanne, il faut aller découvrir ce duo-duel poignant

Il y a des vieux qu’on fuit, parce qu’ils ressassent à l’infini. Et il y a des vieux qu’on suit, parce qu’ils stimulent l’esprit. Le couple d’Automne, né de l’observation et de l’imagination de Julien Mages, appartient à la seconde catégorie. A Genève, avant Sion, Neuchâtel et Lausanne, Yvette Théraulaz et Jacques Michel livrent un face-à-face si poignant, un tel miroir à nos alouettes intimes, qu’on pourrait les écouter toute la soirée. Entre Reza, pour le tranchant et Ramuz, pour la profondeur, ce doux affrontement dirigé par Jean-Yves Ruf est à voir absolument.

Il est en jaune, elle est en bleu. Il est en velours, elle est en soie. Aux costumes, Valeria Pacchiani dit déjà beaucoup de ce tandem qui a déraillé au fil du temps. Elle: amoureuse des arts, elle observe le monde avec lucidité et mélancolie. Lui: amoureux des timbres et du petit blanc qu’on boit sous la tonnelle, il accueille la vie avec un sourire, soupir de bonhomie.

C’est rare de voir Yvette Théraulaz - notre chère Yvette! –, dans le rôle d’une femme frustrée, figure de cire aux mains perpétuellement jointes, comme pour contenir une colère ouragan. C’est moins rare de voir Jacques Michel sous les traits d’un père tranquille au visage mobile et farceur. Les deux ferraillent doucement sur les sièges cramoisis d’un théâtre, attendant le début d’une représentation qui ne vient pas. C’est que Madame s’est trompée d’horaire. Alors ils sont là, perdus dans une salle trop grande, livrés en pâture à leur complicité froissée.

Des phrases-couperets

Madame s’est trompée d’horaire et peut-être d’existence. Après avoir rêvassé, elle lâche un missile: elle n’aime pas ses enfants dont l’aîné, 120 kilos de fatuité, est devenu un «notable-vaudois-ventru». Elle rejette aussi son destin d’épouse alignée. «Je veux annoncer tranquillement à mon vieux mari que je n’ai jamais aimé cette famille qu’il m’a offerte et cette vie que nous avons menée, oubliant les besoins les plus élémentaires d’une femme sensible… et artiste.» Son couperet rappelle les sentences de Yasmina Reza.

Avant, elle a déjà brocardé son homme d’avoir comme seule ambition l’achat d’un minitracteur pour tondre une pelouse de 20 m²… Et parce qu’elle aime «gratter», elle lui reproche encore ses sommeils appliqués durant les soirées au théâtre. On la déteste un peu pour tant de cruauté. Mais on l’admire aussi, car elle n’a pas peur d’affronter la médiocrité. Et puis, elle cache un secret, raison sans doute de ce fiel versé.

Force tranquille

Dans le rôle de Paul, Jacques Michel amène un souvenir de voyage, une valse amicale, le soleil des foins. Il n’est pas glorieux, valorise ce qu’il a et conserve de la tendresse pour sa tortionnaire préférée. Force tranquille et soif d’absolu s’opposent sans hystérie au Grütli. C’est un combat que beaucoup vivent ou ont vécu. Jean-Yves Ruf lui apporte une délicatesse et un soin de tous les instants. Rien de forcé dans cette fine dentelle humaine. Oui, on pourrait écouter ce duo, usé, mais vaillant, toute la soirée.


Automne, jusqu’au 18 mars, Théâtre du Grütli, Genève; le 20 mars, Théâtre de Valère, Sion; le 27 mars, Théâtre du Pommier, Neuchâtel; du 12 au 15 avril, Grange de Dorigny, Lausanne.

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