«J’avais 10 ans en 1940… et j’étais au cœur de la bataille.» Pour tous ceux que l’histoire de la débâcle de 1940 passionne et interroge, Dunkerque 1940, une tragédie française de Jacques Duquesne (Flammarion) offre une plongée haletante dans cette ville en flammes, assiégée par les chars de l’armée allemande. On sait que l’évacuation de Dunkerque, désormais racontée par Hollywood version Christopher Nolan, fut chaotique. L’écrivain dunkerquois la rend humaine, à la fois incompréhensible et remplie de contradictions.

Duquesne nous fait vivre les salles des bistrots du port soudain paralysées par les rumeurs, début mai 1940, l’avancée foudroyante de la Wehrmacht. Il nous emmène dans les caves, sous les bombes. «La guerre était là. La totale comme ils disaient. C’était clair: les Allemands ne nous lâcheraient plus…»

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Dunkerque, ou l’épilogue d’une incroyable série de malchances et d’incompétences pour l’état-major français qui croyait rejouer la bataille de la Marne, puis l’emporter. Dunkerque où, comme le père de l’auteur, les habitants sont «hébétés, traînant des odeurs d’incendie, de poussière et de pourriture […], obligés de se frayer un chemin à travers les rues encombrées de briques, de pierres, de voitures écrasées, d’un amas de meubles cassés et de boiseries qui brûlaient toujours.»

Tricheurs, déserteurs et autres planqués

Cet homme «avait vu mourir tout le cœur de la ville», pilonné par les Stukas de la Luftwaffe. Quand survient l’impensable: la décision de Churchill de rapatrier ses troupes dans un chaos indescriptible: «Il fallut compter, lors de l’embarquement, avec tous les tricheurs, les traînards, les déserteurs, les retardataires et les planqués qui, jusqu’à la dernière minute, tentèrent de se substituer aux unités constituées ou ce qu’il en restait.» Résultat: 340 000 hommes, dont 200 000 Anglais, laissant derrière eux le cap Gris-Nez: «Il fallait éviter les périls habituels de la mer, les pièges des mines magnétiques, les torpilles, les attaques en piqué des Allemands…»

Jacques Duquesne avait 10 ans. Mais il écrit en historien. Les pages qu’il consacre aux échanges entre les généraux français et leurs homologues britanniques, dialogues de sourds sur fond de défaite impitoyable, disent l’incompréhension de l’autre côté du Channel où de Gaulle lancera bientôt son appel. «Je ne demande pas mieux que de coopérer avec vous mais je vous préviens que mes troupes décrocheront dans la nuit», signale, le 27 mai 1940 sur ordre de Churchill, le général britannique Alexander à l’amiral français Abrial. Conclusion de ce dernier, alors que les murs tremblent sous les coups de l’artillerie allemande: «Puisqu’il n’y a plus moyen de compter sur la coopération anglaise, nous, Français, poursuivrons notre mission impérative qui est de rester jusqu’à la mort.»

L’idée d’une tête de pont dunkerquoise est mort-née. Les généraux allemands Guderian, Von Manstein et Rommel peuvent foncer sur Paris, qui tombera le 14 juin 1940.



«Dunkerque 1940, une tragédie française», de Jacques Duquesne, Ed. Flammarion, 320 pages.