Charles Juliet poursuit sa quête de soi et des autres, à travers le souvenir et la réflexion, les voyages, les rencontres, les lectures. «L'autre faim», évoquée dans le poème liminaire, c'est «celle qui tire l'être/ hors du quotidien», «le voue à l'errance/ à la recherche inlassable/ de l'oasis/ de la paix de l'oasis». 1989 est une année heureuse pour Juliet, qui vient tout juste de publier L'Année de l'éveil où il raconte ses souvenirs d'enfant de troupe: cela lui vaut toutes sortes de réactions de lecteurs qui l'étonnent ou le confortent. On le voit fidèle à de vieilles admirations artistiques, s'agissant de peintres sur lesquels il a écrit: Cézanne, Soulages, Ubac, Bram Van Velde surtout, mais aussi Titus-Carmel ou Geneviève Asse. A l'exception peut-être de Beckett, même révérence fidèle envers des écrivains disparus, à commencer par son cher maître taoïste Zhuang Zi: il rencontre un ami de Beppe Fenoglio dans les Langhe, la fille de Camus à Lourmarin et la nièce de Pessoa à Lisbonne, où il s'entretient aussi longuement avec Miguel Torga. Mais de nombreux inconnu(e)s le retiennent également, pour peu qu'il sente chez eux cette «autre faim».