le temps des séries

L’autre legs de «The X Files»: sa qualité formelle

Lors de son passage à Neuchâtel, Chris Carter a aimé s’exprimer sur des points concrets de production. Logique, pour une série qui a marqué un palier dans l’avènement de fictions TV formellement ambitieuses

Le temps des séries

L’autre legs de «The X-Files»

Chris Carter a séduit Neuchâtel par sa courtoisie. Invité par le Festival du film fantastique, le créateur de la série The X-Files (1993-2002) s’est prêté sans renâcler aux interventions publiques, interviews et dédicaces, remerciant à son tour les hôtes pour leur accueil sympa. Face aux fans, le scénariste s’est montré avenant autant que modeste en paroles, aussi rationnel dans son expression qu’il semble l’être par l’usage des budgets alloués à ses feuilletons. Dans la perspective du retour de la fiction extraterrestre, en janvier prochain, il a pesé chaque mot tout en suscitant l’appétit. Cela tient à la nature même de l’exercice, si codifié: appâter sans trop en dire.

Il est toutefois un point sur lequel Chris Carter se montre intarissable: le travail sur le plateau et le matériel. Au déjeuner, je hasarde que depuis 1993, avec la numérisation, le dispositif a dû être fort allégé. Pas du tout, répond celui qui réalise aussi certains épisodes: les caméras sont un peu plus petites, mais le reste, en particulier le matériel lumineux, n’a pas changé d’un gramme en un quart de siècle. Et l’ultra-haute définition pose des problèmes de piqué trop précis, provoquant une débauche de maquillage.

Cette attention pratique peut surprendre. Chris Carter a raconté avoir fait de la poterie, et comment la méticulosité nécessaire de cet artisanat lui sert dans l’audiovisuel. Pensons aussi au soin du détail, même si l’ambition est immense. La profession de foi des animateurs de la série a toujours été que les épisodes de The X-Files devaient former de petits longs-métrages. Je revois la première saison, et il faut admettre que ce slogan avait sa part de vérité. Dans leur construction comme leur aspect, les chapitres initiaux de cette aventure de 202 épisodes – jusqu’ici – avaient, et gardent, cette patine aussi sombre que soignée, cette façon d’offrir le meilleur pour tous, sur un réseau populaire, Fox. Il avait déjà existé des séries de belle facture; mais, sans conteste, The X-Files a marqué un palier. De même que Millenium (1996-1999), dont la fascinante noirceur a préfiguré l’ordinaire actuel le plus glauque de la fiction TV.

Cette qualité formelle demeure. Chris Carter assure qu’elle ne souffrira pas de la réédition des anciennes saisons en Blu-ray et en format 16/9. Puisqu’elle est devenue la norme pour les séries moyen et haut de gamme, cette barre placée naguère si haut accroît l’enjeu pour le retour de The X-Files.

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