Visions du réel

L’autre visage de la guerre en Irak

Le festival du film documentaire récompense «Homeland (Iraq Year Zero)», une œuvre bouleversante

Les films fleuve semblent avoir la cote dans les festivals. Après Winter Sleep (3h16) de Nuri Bige Ceylan, palmé d’or à Cannes, Mula sa kung ano ang noon (5h38) de Lav Diaz, pardisé d’or à Locarno, c’est au tour de Homeland (Iraq Year Zero) (5h34) d’Abbas Fahdel de toucher le Sesterce d’or à Nyon. Ces prix ne sont pas un indice d’élitisme cinéphile, car ils distinguent de grandes œuvres dont la longueur se justifie par l’intensité et la richesse du propos.

Homeland a «passé sous les radars de tous les festivals», s’étonnait - et se réjouissait Luciano Barisone. Parmi les 3700 films visionnés au cours de l’année écoulée, celui-ci a immédiatement retenu son attention. Il a été le premier sélectionné pour être projeté en première mondiale à Visions du Réel». Le directeur artistique parle d’un «film de deuil travaillant des blessures terribles, d’une œuvre de référence pour comprendre l’histoire et le présent du Moyen-Orient. Plus qu’un film beau, c’est un film nécessaire. Il devait être réalisé, il doit être vu».

La vie en temps de guerre

Dans Homeland (Iraq Year Zero), home movie à résonance universelle, Abbas Fahdel, relate deux ans de vie familiale en Irak, avant et après l’intervention américaine de 2003. On assiste au spectacle banal et toujours merveilleux de la vie quotidienne. Des frères et sœurs qui se chamaillent, qui rigolent en regardant Mr. Bean à la télé. Des oncles, des amis, des voisins qui prennent le thé, qui racontent des histoires, souvenir d’un incident cocasse à la mosquée ou d’une chèvre qu’une femme médecin trayait tous les matins pour nourrir ses enfants.

L’humeur est détendue, pourtant l’avenir s’assombrit. Entre Tigre et Euphrate, des oiseaux passent comme des menaces. Un bruit d’avion fait lever la tête. On prévoit des matelas contre les fenêtres. On carotte longuement le jardin pour atteindre la nappe phréatique et disposer d’un puits si l’eau courante venait à manquer. Un gosse à cette expression, «J’espère que les Américains ne se serviront pas d’armes de destruction massive», qui en dit beaucoup sur l’air du temps, sur l’humour et la peur.

De la guerre en Irak, les spectateurs occidentaux ont vu des images abstraites de nuits vertes zébrées d’éclairs. Puis des blindés roulant dans le désert, et d’éventuelles silhouettes lointaines, menaçantes. Homeland filme le contrechamp de la propagande américaines: des cieux profonds comme les 1001 nuits, des jardins touffus, des gens qui sont nos frères humains et que l’on quitte le cœur brisés quand le film prend brutalement fin. Comme disait un membre du jury, «Homeland ne peut que gagner».

Visions du Réel enregistre un nouveau record de fréquentation avec plus 35 000 spectateurs. Cette affluence confirme la qualité supérieure des 166 films présentés.

Samedi 25 avril : rediffusion de films primés à la Salle Communale de Nyon

Prix Interreligieux

10h30 – Mothers of the Gods (Madres de Los Dioses) de Pablo Agüero

Sesterce d’argent SRG SSR du meilleur long métrage suisse, toutes sections compétitives confondues

14h00 – Imagine Waking Up Tomorrow And All Music Has Disappeared de Stefan Schwietert

Sesterce d’argent Regard Neuf Canton de Vaud du meilleur premier long métrage

16h00 – Coma de Sara Fattahi

Sesterce d’argent Prix du Public Ville de Nyon

18h00 – My Love Don’t Cross That River de Moyoung Jin

Sesterce d’or la Poste Suisse du meilleur long métrage de la Compétition Internationale

20h00 – Homeland (Iraq Year Zero) de Abbas Fahdel

www.visionsdureel.ch

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