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Depuis la sortie de son tube "All I want for Christmas is you", en 1994, Mariah Carey est devenue la reine de la pop de Noël.
© Wearesonylegacy

Musique

L’avalanche commerciale des albums de Noël

«Santa Baby», «Jingle Bells»… À chaque fin d’année son lot de tubes festifs, inlassablement repris par les stars de la pop d’aujourd’hui afin de séduire les foules. Retour sur ce phénomène anglo-saxon, qui gagne peu à peu nos ondes radio

Comme une neige d’automne, l’annonce avait surpris tout le monde. Sia, la chanteuse pop sans visage aux refrains puissants et au look noir-blanc, révélait en octobre que son huitième opus serait… un album de Noël. Après un teasing Instagram façon ruban et papiers-cadeaux, on découvrait «Everyday is Christmas», une collection de dix morceaux festifs, allant du tube «Santa’s Coming for Us» au rebondissant «Ho Ho Ho», en passant par «Snowman», sorte de déclaration énamourée à un bonhomme de neige déprimé.

L’artiste australienne n’est de loin pas la seule à faire dans les guirlandes et cotillons: Gwen Stefani a récemment dévoilé son album de fin d’année, tout comme son mari et roi de la country Blake Shelton ou encore Tom Chaplin, ancien chanteur du groupe Keane.

Rien qu’en 2017, une vingtaine d’artistes, majoritairement outre-Atlantique, ont sorti de leur hotte un album de Noël. Avec toujours les mêmes dénominateurs communs: une musique guillerette, le plus souvent rythmée par les grelots ou les tintements de cloches, qui raconte les traineaux, les sapins et la joie d’être ensemble. Contrairement au cas de Sia, qui a composé l’intégralité de son album, l’exercice implique généralement de reprendre des grands classiques du genre comme «Jingle Bells» ou «Baby it’s Cold Outside», refrains ancrés dans le patrimoine culturel américain depuis plusieurs décennies.

Vaches à lait

Car si la tradition chrétienne des chants de fin d’année remonte aussi loin que l’histoire de la Nativité, c’est bien dans les années 40 qu’elle gagne l’industrie musicale. Portés par les voix de crooners comme Frank Sinatra ou encore Bing Crosby, ces morceaux doux et sucrés remportent à l’époque un franc succès. «Plus tard, dans les sixties, les artistes pop et rock ont tenté de reprendre le filon, explique Kory Grow, journaliste sénior chez RollingStone.com. Les années 80 ont apporté leur lot de compilations spéciales, réunissant Whitney Houston ou U2. Et en 1994, Mariah Carey sortait «All I Want for Christmas Is You», tube devenu depuis un un vrai hymne de Noël».

Ce titre ne vous dit peut-être rien et pourtant, il bat tous les records. Ce mois-ci, plus de vingt ans après sa sortie, il réintègre le top 10 des charts et rapporterait plus de 300’000 dollars par an à Mariah Carey. Chanter Noël, une stratégie business? «Evidemment, ça joue un rôle, assure Kory Growe. Ces tubes sont des vaches à lait pour certains artistes, car ils leur assurent une rentrée d’argent chaque hiver. Même si je suis certain que d'autres ont réellement une affinité avec la saison et sont heureux de répandre l'esprit de Noël».

Opération bons sentiments

Au-delà de l’opportunité financière, l’album festif, par définition zéro-risque, permet de relancer des carrières qui s’étiolent. Mais surtout, il comporte une forte connotation symbolique. «On peut parler d’un rituel de consécration. Enregistrer son album de Noël, pour un artiste de variété, c’est faire partie des grands», souligne Marc Perrenoud, sociologue à l’UNIL et spécialiste des musiques actuelles.

Une manière de rentrer dans le cercle des géants de la pop, mais aussi dans les rangs. «Elvis Presley, par exemple, avait une image qui faisait peur aux parents, note Marc Perrenoud. En sortant son album de Noël en 1957, il s’est rendu sympathique, il a montré qu’il adhérait aux valeurs familiales américaines. C’est une sorte de machine à bons sentiments grâce à laquelle l’artiste devient consensuel et élargit son public».

Tendance Milennials

Cette joyeuse opération de communication, dont ont profité dans le désordre Justin Bieber, James Brown ou encore Michael Buble, n’a jamais vraiment gagné la francophonie. Peu d’artistes chantent Noël sous nos latitudes, et ceux qui ont tenté le coup n’ont pas obtenu le succès espéré. Pourtant, on entend de plus en plus souvent ces refrains anglo-saxons résonner dans nos grands magasins. «Comme pour les mariages, cela fait partie de l’américanisation de notre culture, argumente Marc Perrenoud. Cela a un côté normatif très rassurant: pour des bonnes fêtes de fin d’année, voilà ce qu’il faut écouter».

Traditionnelle ou superficielle, cette tendance ravit en tout cas les jeunes oreilles. Une récente étude a montré que ce sont les Milennials, plus encore que leurs parents, qui affectionnent les mélodies de Noël. Décembre n’en a pas fini d’emballer les ondes.

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