théâtre

Lavaux, le vin, la vanne

Le Collectif Comédie Drôle livre une pièce comique sur fond de Lavaux. De la neurasthénie à la vanne affûtée

Face à Pas de porte, on hésite. On est soit devant une géniale comédie neurasthénique où, à la façon de Beckett, les vides sont pleins. Soit devant l’ébauche d’une comédie plus classique en attente d’un dramaturge énergique. Parce qu’on plébiscite l’art de dire beaucoup avec peu de Christian Geffroy Schlittler, artiste au sommaire de l’affaire, on choisit la première option. Celle qui privilégie le flou artistique, le traitement en creux, la joie des non-lieux.

Le choix est d’autant plus facile que l’action se déroule à Lavaux, terre labellisée Unesco où on aime se hâter lentement. Au cœur de la pochade imaginée par le nouveau venu Collectif Comédie Drôle, Elisabeth Fonjallaz, vigneronne de son état. La dame se fait appeler Babette et affectionne, dans l’ordre, ses vignes, sa maison et ses voisins. Surtout Jo, quintuple champion du monde de F1 (Adrien Barazzone, Ray-Ban sur visage ahuri), qui pourrait lui donner un coup de main. C’est que Babette (Jacqueline Ricciardi, excellemment Vaudoise) se débat seule et la maison ressemble à sa propriétaire: sinistrée. Un peu de cash permettrait de redresser les ceps.

C’est la fête chez Babette. Assis en ligne autour d’elle, il y a donc Jo, parfait dégénéré. Diane, auteure de livres confidentiels et enceinte pour la troisième fois (Catherine Delmar). Son mari, un prof d’histoire refroidi (Laurent Baier). Et Fouly, une ex-championne de ski qui a signé pour une vie de vulgarité (Mélanie Foulon). Une assemblée désaccordée qui d’ailleurs ne s’accorde pas, rappelant les comédies de Bacri-Jaoui. Sauf qu’ici, le rythme est moins soutenu. Comme si le spectacle s’écrivait à vue. De fait, composée par tous, la création se veut une réflexion sur les limites du vivre ensemble: jusqu’où peut-on baster sur ses convictions pour supporter celles des autres? Dès lors, la proposition oscille entre vraies préoccupations et ironie. Pas très loin, au fond, d’une soirée ordinaire…

Pas de porte, Arsenic, Lausanne, jusqu’au 14 avril, 021 625 11 36, www.arsenic.ch

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