Un cinéaste italien invité à réaliser un film français? Voilà du quasiment jamais-vu! Nostalgique des coproductions franco-italiennes des glorieuses années 1950-1970, le producteur italo-français Fabio Conversi (M. Fanny Ardant à la ville) a tenté le coup. Au départ, un scénario de deux jeunes Français sans doute cinéphiles, qui n’hésite pas à se référer au Cercle rouge de Jean-Pierre Melville (1970). Confié à l’acteur-réalisateur Michele Placido sur la base de ses polars Romanzo criminale et Vallanzasca – L’ange du mal, c’est malheureusement devenu un thriller à peine efficace et plutôt informe, comme tant d’autres.

Paris, vue aérienne, puis salle d’interrogatoire, où le flic Daniel Auteuil tente d’intimider le suspect Mathieu Kassovitz. Un peu plus tôt, le commissaire Mattei était sur le point d’arrêter un gang de braqueurs de banques lorsque, depuis un toit voisin, un tireur d’élite leur permet de s’enfuir (scène étirée inspirée de Heat, de Michael Mann). Leur chef Nico grièvement blessé, les bandits l’emmènent en province pour qu’il soit opéré par Franck, un médecin douteux. Tandis que Mattei parvient à coincer le tireur (Vincent Kaminski) et le «travaille», le gang se terre dans une ferme. Mais qui donc leur a subtilisé le butin?

Ni Melville ni Leone

Du Cercle rouge, on retrouve ici un commissaire Mattei (Auteuil après Bourvil), un gangster-samouraï (Kassovitz après Alain Delon) et un fugitif italien (Luca Argentero après Gian Maria Volonté). Seul le quatrième larron (Olivier Gourmet après Yves Montand) change radicalement de rôle, les auteurs ayant cru bon de compliquer leur chasse à l’homme entre policiers et voleurs par l’irruption d’un tueur en série plus moderne. L’idée avait peut-être du potentiel. Mais comme la réalisation reste bêtement fonctionnelle, le film n’atteindra jamais la dimension philosophique et tragique du modèle.

Cinéaste limité malgré sa dizaine de films réalisés depuis 1990, Placido ne vaut pas feu Alain Corneau, qui avait réussi une relecture valable du Deuxième Souffle du même Melville. Maladroit, il rate jusqu’à son face-à-face triangulaire final, qu’on aurait rêvé digne de Sergio Leone. Comme quoi il ne suffit pas de remplacer le nez tordu de Bourvil par celui d’Auteuil pour produire un nouveau chef-d’œuvre…

V Le Guetteur, de Michele Placido (France/Belgique/Italie 2012), avec Daniel Auteuil, Mathieu Kassovitz, Olivier Gourmet, Francis Renaud, Nicolas Briançon, Violante Placido, Luca Argentero, Arly Jover. 1h29.