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«Lazzaro felice», d'Alice Rohrwacher
© DR

Cannes

Lazzaro, la bonté comme remède à la crise

Le troisième long métrage de l’Italienne Alice Rohrwacher, coproduit avec la Suisse, passe de la chronique sociale au conte de fées. «Heureux comme Lazzaro» pose un regard lucide sur un pays qui va mal

Dans Corpo celeste, en 2011, Alice Rohrwacher racontait l’histoire de la petite Marta, qui, après avoir grandi en Suisse, retrouvait à 13 ans sa Calabre natale. Malgré la proximité de la mer, c’est une région grise et mortifère qu’elle allait découvrir, avec pour seule véritable distraction des cours de catéchisme.

Trois ans plus tard, avec Les merveilles (Grand Prix à Cannes), la réalisatrice toscane signait le portrait sensible et humain d’une famille d’apiculteurs décroissante, avec au centre une fille, l’aînée, rêvant de la possibilité d’un autre avenir, d’un ailleurs où elle pourrait réellement s’épanouir.

Alice Rohrwacher retrouve aujourd’hui la Compétition cannoise avec son troisième long métrage, coproduit comme les deux précédents avec la Suisse. Pour la première fois, son personnage principal est un garçon, celui qui donne son titre au film: Heureux comme Lazzaro. Il vit en communauté avec sa nombreuse famille, tellement nombreuse que les enfants ne savent pas véritablement qui sont leurs parents, dans un hameau coupé du monde sur lequel règne une énigmatique marquise. Ils sont paysans et éleveurs, cultivent du tabac qu’elle leur échange contre des produits de première nécessité, tout en s’assurant qu’ils aient une dette constante envers elle. Son fils Tancredi a beau avoir un téléphone portable, elle a instauré avec ces paysans serviles un rapport de force moyenâgeux.

Bonheur de perdre pied

Voilà que Tancredi se lie d’amitié avec Lazzaro, jeune homme au sourire constamment béat, profondément bon, naïf aussi. On pense que derrière la chronique sociale – la manière qu’a Alice Rohrwacher de filmer de petites gens est d’un humanisme bouleversant – se cache un récit initiatique. C’est alors que le film bascule, se délocalise et opère un important saut temporel, pour devenir un conte où le réalisme, dorénavant, importe peu. Et si Lazzaro était tout simplement un saint? Quelle délicieuse sensation que de perdre pied, de se laisser guider par l’imagination d’une cinéaste qui, à travers ses œuvres, raconte en filigrane l’histoire de l’Italie, pays de la Renaissance, terre d’art et de culture traversant depuis plusieurs années une grave crise économique et politique.

Lire aussi: Alice Rohrwacher au pays des merveilles

Certains trouveront peut-être dans ce Heureux comme Lazzaro quelque chose d’empesé, de démonstratif. Il n’en est rien. Alice Rohrwacher parle d’un film évoquant la bonté comme mode de vie, d’un film qui serait à la fois un conte de fées et un manifeste politique. Il y a de ça, bien sûr, mais ce qui fascine avant tout c’est sa force symbolique et poétique. L’Italienne croit au pouvoir magique du cinéma, tout en faisant confiance au spectateur, loin de ces récits didactiques, voire moralistes, qui professent que la règle numéro un est de tout expliciter, de surligner leur propos. Au sein d’une Compétition 2018 qui, jusqu’à présent, est globalement de haute tenue, Heureux comme Lazzaro est indéniablement la proposition la plus audacieuse.

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