Lea Lund dit souvent: «quand j’ai rencontré Erik, je faisais 80% du dessin et 20% de photo et depuis, cela s’est inversé.» Erik s’est mis à la gravure peu après.

Ce couple est tombé amoureux il y a 10 ans à Lausanne. Leur histoire d’amour a été immédiatement mêlée à la création. «On a commencé à faire des photographies dès le lendemain de notre rencontre», explique Lea.

Le premier portrait qu’elle a tiré de lui est exposé à Arles dans leur toute nouvelle galerie, inaugurée en juillet. Cette petite ville du Sud de la France est en pleine effervescence: elle a vu au même moment le baptême de la tour Gehry financé par la mécène suisse Maja Hoffmann.

«I want to work with you»

«On est tous les mois de juillet à Arles aux Rencontres de la photographie, relève Lea. C’est là que l’on a rencontré presque tous nos collectionneurs et galeristes, comme par exemple Catherine Edelman de Chicago.» Elle est entrée dans notre galerie et m’a lancé: «I want to work with you».

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La galeriste américaine perçoit le travail du couple comme étant politique. «En Europe, nous sommes plutôt considérés comme des photographes de l’élégance et de l’architecture.» Elle enchaîne: «dans le contexte post Black Lives Matters aux Etats-Unis, il y a des photographies que notre galeriste n’ose pas montrer.»

Car Lea Lund et Erik K aiment jouer avec les codes. «Sur un cliché, je tiens Erik nu enchaîné et sur un autre, je le frappe avec une canne, habillée en homme. On a aussi des images où Erik pose en Christ noir et moi en Vierge.»

En Afrique, la perception de leur travail est encore différente. «Nous avons exposé à Kinshasa au Congo. Moi je n’existais pas, avance Lea. L’artiste pour eux, c’est Erik.» Lui ressent aussi cela en Suisse ou à Paris, où le couple passe une partie de l’année, mais «cela s’atténue avec le temps», explique-t-il.

Copyright partagé

Lea Lund est la photographe et Erik le modèle. Pourtant ils ont partagé le copyright dès le départ. Pour Lea, ce serait complètement «insensé» de dire: «ce sont mes photographies. Ce sont nos photographies», affirme-t-elle.

«On me considère souvent comme un dandy, cela ne me dérange pas», poursuit Erik, en effleurant le bord du chapeau qu’il porte et qu’il a dessiné. Dans ce travail à quatre mains, Lea Lund apparaît parfois sur les images: «Comme j’ai fait une école de théâtre, cela m’amuse beaucoup de poser aussi.»

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Lea intervient une première fois sur les photographies, qu’elle signe graphiquement. Le traitement de l’image, en noir et blanc, est dense et «chahuté» par des griffures. «C’est en observant Lea en train de graver une plaque en cuivre que j’ai eu envie d’apprendre à faire de la gravure», raconte Erik, qui dans un deuxième temps rehausse les tirages photographiques à la pointe-sèche.

Créer ensemble: un risque

Mais ne se lasse-t-elle pas de le photographier? «Au contraire, c’est comme une boule de discothèque: il y a tellement d’éclairages possibles. On peut prendre des photographies dans le désert, sous l’eau, raconter une histoire politique, s’intéresser aux vêtements ou simplement à la beauté d’Erik.»

Elle développe: «c’est comme une coquille d’escargot: tout s’organise autour d’un fil invisible parce qu’on travaille avec notre inconscient. Et l’inconscient sait très bien ce qu’il fait.»

L’aventure artistique de Lea et Erik, qui se sont mariés quatre ans après s’être rencontrés, est intimement liée à leur histoire d’amour. «On est ensemble 24h sur 24, si on devait se séparer un jour, ce qui n’est pas au programme, je ne suis pas sûre que nous continuerions cette aventure artistique.»

Côté projet, Lea rêve de faire un grand voyage photographique au Congo sur les traces d’Erik et de sa famille, de Kinshasa à Kinsangani, en passant par le Kasaï. Compte tenu de la situation explosive sur place, ils auraient besoin d’un 4X4, de gardes armés et d’une somme importante pour financer l’opération, ce qu’ils n’ont pas pour l’instant, résume-t-elle.