Certains acteurs s'imposent avec une scène ou une réplique-culte, tels Leonardo DiCaprio beuglant «Je suis le roi du monde» à la proue du Titanic ou Sharon Stone oubliant de mettre sa culotte dans Basic Instinct. D'autres s'invitent à pas feutrés dans l'imaginaire collectif. Bien malin celui qui dira quand il a vu pour la première fois Léa Seydoux, hormis, bien entendu, les retardataires qui l'ont découverte en train de lécher sa partenaire dans La Vie d'Adèle.

Etait-ce lorsqu'elle a dévoilé ses seins doux dans le cadre d'une publicité pour des textiles? Dans De la guerre, de Bertrand Bonello? En Isabelle d'Angoulême dans le Robin Hood de Ridley Scott? En Branca de Montfort dans Les Mystères de Lisbonne de Raul Ruiz? Ses petits rôles dans Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, ou Midnight in Paris, de Woody Allen, brillent d'un bel éclat dans sa filmographie mais ne suffisent à marquer les esprits.

La fenêtre de tir de la gloire s'est précisée avec Mission Impossible: Ghost Protocol. Léa Seydoux y donne la réplique à Tom Cruise, incarnant non seulement une dangereuse aventurière internationale, mais aussi la félonie française, ce fantasme hollywoodien récurrent. 2012 a été l'année de la révélation, avec L'Enfant d'en haut et Les Adieux à la reine. 2013, celle de la consécration universelle avec une Palme d'or pour La vie d'Adèle – sans oublier l'excellent Grand Central, de Rebecca Zlotowsky.

Née en 1985, Léa est la petite-fille de Jérôme Seydoux, président de Pathé, un des grands patrons du cinéma français. Cette ascendance nourrit les soupçons de népotisme chez les aigris. Après que Léa eut dénoncé les dérives autocratiques d'Abdellatif Kechiche sur le tournage de La Vie, l'acrimonieux réalisateur l'a renvoyée à ses origines. «Si Léa n'était pas née dans le coton, elle n'aurait jamais dit cela», a-t-il grincé. «Mon grand-père n'a jamais manifesté le moindre intérêt, ni levé le petit doigt pour ma carrière. Et je ne lui ai jamais demandé quoi que ce soit», réplique la comédienne.

Lorsque Télérama demande à Rebecca Zlotowsky ce qu'elle pense de Léa Seydoux, le premier mot qui lui vient à l'esprit est «mystère». Ce mystère qui magnétise les spectateurs, Léa le cultive à la ville. Elle ne fait pas la une des torchons people, on ignore tout de sa vie privée. Davantage qu'une vedette d'aujourd'hui, elle serait «plutôt une star à l'ancienne, c'est-à-dire possédant une aura singulière», conjecture la réalisatrice de Grand Central. Quant à Thierry Frémont, délégué général du Festival de Cannes, il s'enthousiasme: «Léa, c'est Bardot, plus Binoche, plus Kate Moss.»

Actrice instinctive, Léa Seydoux ne se dit jamais «je vais incarner une prolétaire ou une lesbienne. Je ressens le personnage, je ne l'intellectualise pas.» Cheveux courts ou longs ou bleus, en jeans moulant, en robe flottante ou en bleu de travail, à l'aise dans les blockbusters et les films d'auteur, Léa Seydoux, avec sa beauté indiscutablement féline, un peu lunaire, voire butée, et le voile de mélancolie tempérant la réprobation de son regard, est aussi juste en proie qu'en prédatrice, en roturière qu'en aristocrate.

Cette ambiguïté sert à merveille le personnage de Louise, la paumée de L'Enfant d'en haut, d'Ursula Meier: «Léa m'a vraiment permis de décoller du film social. Elle a ce physique très singulier, on ignore de quel milieu social elle vient. Elle a quelque chose d'assez atemporel, qui permet au spectateur de sentir des failles sans tout expliquer. Elle avait surtout été filmée comme objet de désir. Moi, je lui ai fait bouffer de la boue.»

Parce qu'elle est la «Belle officielle du cinéma français» («C'est gentil, mais c'est vous qui le dites», répond-elle à Première), Léa Seydoux tient le rôle titre de La Belle et la Bête. La jeune comédienne s'y connaît indéniablement en matière de conte de fées...

Sortie le 12 février.

Photo©Pathé