A l’ECAL, la découverte de l’argentique

«En tant que tel, le labo noir et blanc est obsolète. On scanne directement ses négatifs et Photoshop est un laboratoire de l’extrême, qui permet de jouer sur les lumières, les contrastes…» assène Quentin Lacombe, bientôt étudiant en troisième année à l’ECAL. Depuis deux ans pourtant, les élèves de l’Ecole cantonale d’art vaudoise bénéficient de cours de développement en noir et blanc, matière seulement évoquée jusqu’alors. «Nos étudiants sont nés dans les années 1990, ils ont grandi avec le numérique. Ils sont fascinés par l’argentique mais ne le connaissent pas, souligne Milo Keller. Le travail en labo leur montre par exemple que les masques de Photoshop proviennent de ceux utilisés avec l’argentique. La formation à la chambre leur permet de réaliser que la qualité des images n’est pas la même; ils pensent généralement que la dernière technologie est la meilleure.»

Au CEPV, la technique argentique n’a jamais cessé d’être enseignée. Le laboratoire pour les tirages couleurs, par contre, a été abandonné. Diplômées de Vevey, Elisa Larvego et Delphine Schacher travaillent comme beaucoup avec le numérique pour les commandes et réservent l’argentique aux travaux personnels. Les jeunes photographes utilisent toutes deux des boîtiers Mamiya, pour les mêmes raisons: une visée par le haut de l’appareil qui permet d’être plus présent à son sujet et induit un rapport aux autres plus convivial, mais surtout une attente entre la prise de vue et la découverte de l’image qui oblige à la précision. «Avec le numérique, on a tendance à shooter sans limites, comme si les photos n’avaient pas de valeur. Cette compulsion est un peu écœurante», déplore Delphine Schacher. Certains photographes, dès lors, scotchent leur écran numérique pour ne pas voir ce qu’ils viennent de capturer…