Photographie 

Quand l’ECAL se penche sur la diversité religieuse du canton de Vaud

Un groupe de chercheurs a recensé les communautés religieuses du territoire. L’Ecole cantonale d’art de Lausanne a été chargée de les documenter

La foi a ses mystères. On n’attendait pas vraiment l’ECAL sur le terrain religieux. Les étudiants en deuxième année du bachelor de photographie ont pourtant consacré deux semestres à documenter la diversité des croyances qui façonnent le canton de Vaud. Le résultat est à voir à l’Espace Arlaud.

Au rez-de-chaussée, le visiteur est accueilli par une forêt de banderoles colorées et estampillées «Vajrayana», «Catholique romain», «Fraternité blanche universelle» ou «Œcuménisme». Sur les murs, une frise chronologique et des statistiques. Le projet a en effet été lancé par le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC), qui souhaitait recenser les communautés présentes sur le territoire. On y apprend que 91% des quelque 800 groupes répertoriés sont d’obédience chrétienne, que la dernière tradition religieuse implantée dans le canton est le néochamanisme ou encore qu’une Eglise orthodoxe russe a été inaugurée en 1878 à Vevey. Une multitude d’informations passionnantes et point d’images à cet étage.

«Tête-à-tête»

Dans la très belle montée d’escalier explose alors le portrait en plan serré d’un moine bouddhiste d’Echallens. Les yeux fermés disent la prière et l’introspection. Puis c’est un taoïste marchant sur un muret à Ouchy, sa robe bleue offrant un joli camaïeu avec le ciel, le lac et le télescope qui attend les touristes. Ou deux hommes en costume à carreaux qui s’étreignent sur fond rose. On ne voit que leur dos et le sommet de leurs crânes rasés. On retrouve l’esthétique décadrée qui a fait la renommée de l’école.

Après ces quelques grands formats, chacune des 17 communautés sélectionnées par le CIC est représentée par une photographie glissée dans un petit cadre. «Il faut s’approcher pour les regarder, lire les légendes… L’idée est de provoquer un tête-à-tête avec ces groupes», précise Milo Keller, responsable du département photographie à l’ECAL. Le visiteur croise une famille anglicane, un couple de protestants réformés, des hindous, des orthodoxes éthiopiens, des soufis sénégalais en pleine prière ou un moine bouddhiste assis à côté d’un buisson de billets de 20 francs. Les images disent autant la diversité des pratiques que la difficulté, parfois, d’approcher les communautés. De l’association chiite lausannoise Ahl-El-Bayt, par exemple, ne reste qu’un rideau tiré sur une façade.

Dans une petite salle attenante, une projection donne une vision plus complète du travail des étudiants. Et c’est stupéfiant comme on voyage en si peu de temps; car les religions émanent des cultures qui les modèlent à leur tour.

La dernière pièce, elle, plongée dans le noir, affiche des tirages gigantesques et sombres. Une chamane du cercle des tambours du Marchairuz, un accessoire maçonnique, un repas dans un monastère bouddhiste ou encore une écriture coranique sur un tissu. La scénographie laisse perplexe: pourquoi cette pénombre sur ces images-là? Est-ce pour suggérer le côté obscur des religions, l’ésotérisme? «Cela renvoie plutôt à la spiritualité et à une dimension mystique», argue Milo Keller.

Travail de terrain

Les images de reportage pur, moments de prière ou de cérémonie, relèvent d’un genre dans lequel l’ECAL a peu l’occasion de s’illustrer. «Les étudiants, qui ont tiré au sort la communauté sur laquelle ils allaient se pencher, avaient l’obligation de se confronter aux croyants. Un travail métaphorique était exclu, précise Matthieu Gafsou, photographe et professeur qui a encadré le projet. La photographie documentaire n’est en effet pas le genre majoritaire à l’ECAL ni celui pour lequel les étudiants choisissent notre école, mais il est essentiel. Il permet d’apprendre à déployer son langage visuel alors qu’il existe des contraintes. C’est intéressant, même pour un artiste!»

Le Lausannois sait de quoi il parle, lui qui a livré une vision toute personnelle de l’Eglise catholique lors de l’enquête photographique fribourgeoise de 2011-2012. Régulièrement, l’ECAL emmène donc ses classes dans des projets ambitieux. En 2015 ainsi, les étudiants ont exploré Renens, la ville qui les héberge. Fin 2017, ils sont partis à Cuba avec pour mission d’éviter les clichés. La photographie aussi a ses rituels.


Credo, jusqu’au 11 novembre à l’Espace Arlaud, à Lausanne.

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