Anniversaire

L’Echandole, le théâtre qui devait redonner le sourire aux gens

Pour ses 40 ans, la salle yverdonnoise organise samedi une grande fête d’anniversaire gratuite et ouverte à tous. L’occasion de rappeler les origines de ce petit théâtre au rayonnement romand, ouvert dans une ville alors sinistrée et frappée par la crise économique des années 1970

C’est l’histoire d’une ancienne cave à vin devenue un théâtre au rayonnement romand. La salle voûtée d’un château médiéval qui a vu se produire de grands noms de l’humour (Emil, Yann Lambiel, Brigitte Rosset…) et de la chanson française (Georges Moustaki, Jean-Louis Murat, Olivia Ruiz, Thiéfaine…). Nichée au cœur de la vieille ville d’Yverdon-les-Bains, L’Echandole fête ses 40 ans d’existence samedi, avec une soirée anniversaire gratuite et ouverte à tous. Comme un clin d’œil aux origines du lieu. «En 1979, L’Echandole est née de la volonté politique du syndic de l’époque, Pierre Duvoisin, qui voulait que les gens s’amusent», rappelle l’actuelle directrice, Sophie Mayor.

Il faut se souvenir qu’à la fin des années 1970, Yverdon-les-Bains, comme d’autres cités industrielles, est durement frappée par la crise et les licenciements, notamment dans les usines de Paillard, entreprise alors mondialement connue pour ses marques Bolex (caméra) et Hermes (machine à écrire). «Dire que la ville était sinistrée est peut-être un peu fort, mais elle souffrait, raconte Pierre Duvoisin, qui sera ensuite conseiller national. Il fallait remettre de la couleur dans l’image de grisaille qui collait à la commune. Surtout, la ville avait besoin de faire la fête».

Joyeuse effervescence

La nouvelle politique porte ses fruits. En 1977, le centre thermal rouvre ses portes après une ellipse de seize ans. Deux ans plus tard, le festival des Jeux du Castrum est lancé et le théâtre de L’Echandole est ouvert dans une cave du château laissée vacante par le départ d’un commerçant de vin. Sa gestion est confiée au bouillonnant Roger Zanetti, dit Zaneth, un ancien ingénieur de Bolex devenu animateur d’un centre de jeunesse. C’est une époque de joyeuse effervescence: le théâtre accueille une comédie musicale proposée par Léo Ferré, des séances de cinéma, des troupes de danse africaines ou amérindiennes, et même un dompteur de bulles de savon qui remplira cette salle de 120 places durant une semaine.

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En 1987, Zaneth s’en ira pour mener d’autres projets, intégrant la fameuse troupe de mimes des Mummenschanz et devenant régisseur des tournées du clown Dimitri. L’Echandole va alors être reprise par un enfant du Nord vaudois, le chanteur Denis Alber. L’homme va donner une nouvelle dimension au théâtre, réussissant à la fois à se rapprocher d’Yverdon-les-Bains, l’intégrant pleinement dans la politique culturelle de la ville, tout en l’ouvrant sur l’extérieur, l’inscrivant dans différents réseaux internationaux. Un artiste marquera alors profondément le lieu, François Silvant. Par amitié et fidélité, le populaire humoriste vaudois créera tous ses spectacles à L’Echandole, débutant immanquablement ses tournées par le théâtre yverdonnois. «Les murs sont encore imprégnés de sa présence», confie Sophie Mayor.

La nouvelle scène française

Au début des années 2000, L’Echandole profitera de l’émergence de ce que l’on va appeler la nouvelle scène française et programme Bénabar, Arthur H ou encore Axelle Red. «C’était incroyable de pouvoir proposer des chanteurs qui, en France, jouaient dans de bien plus grandes salles, note Brigitte Romanens, directrice de 2000 à 2012 et aujourd’hui à la tête du Reflet, à Vevey. L’Echandole a toujours eu une belle réputation dans le milieu professionnel. L’endroit est magique, avec sa voûte et ses dimensions, qui permettent une intimité avec le public, un peu comme dans un café-théâtre.»

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Mais au-delà des grands noms inscrits sur les vieilles affiches, L’Echandole s’est surtout imposé comme un formidable révélateur de talents, avec notamment des opérations comme les Nouvelles scènes ou les Labos du jeudi. La salle a évidemment servi de tremplin aux artistes locaux comme Vincent Kucholl ou Fabian Tharin. Mais pas seulement. Le chanteur K ou Gaspard Proust y ont fait leur première scène. Aujourd’hui, «le plus grand des petits théâtres», comme aime le décrire Brigitte Romanens, attire quelque 14 000 spectateurs par saison, dont 58% viennent de l’extérieur de la région d’Yverdon-les-Bains.

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