Le concept n’est pas nouveau, mais il séduit par sa formule à la fois frontale et peu intrusive. Que ce soit dans des vitrines, des arcades commerçantes ou dans la devanture d’un cinéma, Art au Centre laisse place à des rencontres fortuites comme à une immersion totale, lors de parcours guidés par des médiateurs.

L’initiative se veut une réponse solidaire à la fermeture des lieux culturels durant la pandémie. Pour cette exposition collective, dix curateurs ont reçu carte blanche pour sélectionner deux artistes. Les 20 propositions sont désormais à découvrir jusqu’au 28 février prochain. L’artiste sonore Jonathan Frigeri étoffera le site web de la manifestation avec des podcasts plongeant dans l’univers des artistes au programme.

Mention particulière à l’intervention de Beat Lippert, qui occupe les magnifiques vitrines futuristes au 78, route des Acacias. La façade austère aux motifs géométriques sied bien aux dessins de l’artiste, qui parlent aussi de rigueur et de répétition avec, comme seul protagoniste, un caillou. Pourquoi s’intéresser à un objet géologique? Avant les beaux-arts, Beat Lippert a étudié la sculpture et l’archéologie pendant quatre ans, ce qui justifie les va-et-vient entre nature et artifice dans ses narrations.

L’histoire d’un vieux cinéma

Plusieurs propositions se concentrent aux Bergues, à quelques pas du lac et des illuminations de Noël qui se reflètent sur sa surface. On y retrouve par exemple l’ovni signé par Ilana Winderickx, qui mélange bois, métal, cire, céramique et poudre de béton. On observe un cabinet en bois doté de deux grosses oreilles en cire et de tuyaux métalliques semblables à ceux d’un orgue. Amoureuse des créatures et des pratiques hybrides, l’artiste sculpte autant des objets que du son, étant à la fois plasticienne et musicienne.

Parmi ces œuvres visibles jour et nuit, Oélia Gouret a choisi la devanture du cinéma porno Splendid, à la place De-Grenus. A travers des vidéos, elle raconte à sa façon l’âme de ce lieu dédié à l’érotisme depuis les années 1980. Ainsi, les passants, attirés par les beaux néons vintage de la façade, pourront enfin découvrir l’histoire d’un vieux cinéma qui a vaillamment résisté à la gentrification du quartier.


Art au Centre, jusqu’au 28 février 2022 en ville de Genève. Visites commentées gratuites sur inscription. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».