Intégré dans le milieu de ce qu'on a appelé l'Ecole de Düsseldorf, avec Theodor Hildebrandt et Rudolf Jordan comme professeurs, Raphael Ritz a choisi, contrairement à son père peintre religieux et portraitiste, la peinture de genre et le paysage; si la peinture religieuse et les portraits trouvaient en Valais des commanditaires de haut rang, la peinture de genre impliquait une ouverture vers l'étranger et vers les autres cantons suisses, où résidait la nouvelle clientèle bourgeoise. De Düsseldorf, où travaillaient également des compatriotes et contemporains tels qu'Arnold Böcklin et Benjamin Vautier, Raphael Ritz a observé sa patrie avec la distance d'un touriste ou d'un artiste, c'est-à-dire d'un homme moins impliqué dans les travaux et les jours de la montagne qu'habitué à les méditer et transcender.

Raphael Ritz fait partie de cette génération d'artistes (Anker, Bocion, Buchser, Zünd) qui ont créé la notion de peinture suisse. Formés à l'étranger, ils sont revenus en Suisse tout en conservant une ouverture d'esprit et de débouchés. Ritz a su participer à la vie artistique de la nation, au travers notamment de cette exposition itinérante biennale baptisée Tournus. S'il a élu la paysannerie valaisanne, saviésanne notamment, comme sujet de la plupart de ses tableaux de genre, c'est moins pour en relever les traits curieux et pittoresques que pour en exploiter l'aspect typique et universel. C'est en cela que sa démarche diffère du tout au tout de celle de Biéler et de ses épigones, qui ont colonisé par la suite le village de Savièse. Comme l'écrit Pascal Ruedin dans le catalogue, en évoquant les peintres de Düsseldorf, «contrairement à une idée répandue, la peinture de genre n'est pas une forme de reportage ethnographique. Elle n'est pas le lieu du particulier, mais bien l'expression de l'universel et du typique».

C'est pourquoi, sans doute, le paysage sublime acquiert une telle importance dans les tableaux de Raphael Ritz. Une grande toile comme la Correction du Rhône près de Rarogne, datée de 1888, confronte un sujet moderne – le travail tel qu'on le conçoit au début de l'ère industrielle – à un paysage intemporel auquel la transparence de l'air et la netteté du premier plan rendent sa profondeur.

L.C.