Le feu couvait et on l’ignorait. L’Ecole-Atelier Rudra Béjart suspend ses activités pour un an au moins. Son directeur historique, en place depuis 1992, et une régisseuse ont été licenciés en février, pour «manquements graves», explique Solange Peters, présidente du Conseil de fondation du Béjart Ballet Lausanne et professeur au CHUV.

Mais de quelles fautes graves parle-t-on? De violence psychologique? De harcèlement? De mauvaise gestion? Impossible à ce stade d’en savoir plus. L’oncologue n’entend pas dévoiler les causes de cette mise à l’écart, par respect, explique-t-elle, pour les personnes impliquées. «Dès que le Conseil de fondation a été alerté en février, nous avons pris les mesures adéquates en suspendant le duo et en diligentant une enquête interne confiée à Me Shalini Pai et à l’ancien juge cantonal Pierre Müller.» Ces derniers ont auditionné les élèves et les professeurs. Leur rapport de quelque 100 pages est à l’évidence accablant.

Un an pour une résurrection

Et maintenant, qu’entend faire le Conseil de fondation? «Un danseur historique de la compagnie a assuré un intérim pour que les 27 élèves puissent aller jusqu'au bout de leur cursus. Maintenant, nous nous donnons un an pour repourvoir le poste. Il faut trouver une direction qui soit capable de reprendre l’héritage de Maurice Béjart qui ne concevait pas de compagnie sans école. Il n’est pas question de mettre la clé sous la porte. Cet espace de formation est essentiel. Maurice Béjart voulait offrir la possibilité à des jeunes du monde entier d’apprendre son langage et davantage que cela. Il considérait cet atelier comme un vivier d’où sortaient les futurs interprètes de sa compagnie.»

A priori, il ne devrait pas y avoir de suites judiciaires. La fondation du Béjart Ballet Lausanne n’a pas porté plainte. Les personnes qui auraient souffert des agissements de la direction précédente non plus. Il n’empêche que ce feu-là, quatorze ans après le décès du chorégraphe, laisse un goût de cendres. L’Atelier Rudra aurait-il vécu? «Assurément pas», jure Solange Peters. Il faudra du temps pour que le phénix retrouve ses ailes.