faut voir

La leçon

La Leçon d’anatomie du docteur Tulp, s’intitulait l’original peint par Rembrandt en 1632. Sur la table, un criminel pendu le matin même. C’était la règle de la corporation des chirurgiens d’Amsterdam: une dissection publique par année, et avec les bas morceaux de la société. Celui-ci était, paraît-il, un voleur. La toile du maître a été plusieurs fois parodiée depuis le XVIIe siècle.

Et celui-là, quel indésirable est-il avec son costume parfaitement repassé? Un intellectuel? Un homme d’affaires? Un oligarque devenu gênant? C’est que l’affaire se passe en Ukraine. Peu de temps avant la Révolution, Nikita Shalennyi a demandé à quelques membres des forces spéciales gouvernementales de jouer pour lui les étudiants en médecine et leur professeur, une balle de pistolet au bout de la pince. La photographie figure dans l’exposition «Art of the Maidan» de la galerie Künstlerhaus de Vienne. Elle prend évidemment une tournure étrange avec les événements actuels, dans lesquels des civils affrontent des milices qui s’opposent aux soldats lesquels étant plus ou moins officiels. Elle prend une tournure étrange alors qu’une contestation d’abord pacifiste a viré en une quasi-guerre civile avec son lot d’enlèvements, de violences et de règlements de comptes. Dans leçon d’anatomie, il y a leçon.

Autre lieu, autre date; en 2010, le tableau avait inspiré l’artiste sud-africain Yuill Damaso, remplaçant le cadavre par un Nelson Mandela encore bien vivant et les scientifiques par Desmond Tutu, Frederik W. De Klerk, Thabo Mbeki ou Jacob Zuma. Quatre ans plus tard, l’héritage de Madiba n’a pas fini d’être dépecé.