L’espace public est l’un des terrains de jeu – ou de combat – préféré de Fabrice Gygi. Il y a deux ans, le Genevois avait installé sur le pont du Mont-Blanc une rangée de drapeaux blancs à point noir qui ont beaucoup intrigué. Prendre l’espace à contresens et à rebrousse-code est le malin plaisir du plasticien qui incite à faire redécouvrir ce qu’on ne voit plus, par la force de l’habitude.

A Venise, il s’est interrogé sur le rôle d’une église en temps de crise. «L’église devient dans des moments difficiles un endroit commun, elle quitte sa fonction initiale. Ce n’est plus le culte qui est important, mais la gestion de la crise», explique l’artiste dans une vidéo. «J’ai donc décidé de faire un économat. Ni un dépôt ni un magasin, mais un endroit de gestion des réserves.»

Deux fois huit armoires métalliques, parfaitement vides mais cadenassées, enserrent la tombe centrale de l’église recouverte d’un caillebotis. On retrouve à Venise le langage formel familier de Gygi, qui aime détourner le mobilier et le matériel, civil et militaire, de son sens premier.

Economat reprend la structure d’une ancienne œuvre de dimensions plus modestes, Gas and Gaz, exposée il y a deux ans à la Galerie Guy Bärtschi à Genève. Les armoires étaient alors remplies d’imposants jerricans et bonbonnes de gaz. A Venise, Gygi a préféré laisser le visiteur imaginer lui-même le contenu de l’économat. Si la crise nous enlevait le superflu, quelles valeurs essentielles voudrions-nous retrouver à l’abri sur l’étagère?