L'horizontale, la verticale, la diagonale sont des représentations graphiques simples. Mais suffisantes pour exprimer l'essentiel des actions humaines. Ou le cheminement des pensées: de l'élévation de l'âme à la descente infernale, en passant par la rencontre avec l'autre. C'est ce qui ressort des conceptions scéniques d'Adolphe Appia (1862-1928). Ce Genevois est tenu pour l'un des novateurs de la scénographie moderne.

Ses beaux, grands et sobres dessins sont présentés à la Maison Tavel, à Genève, jusqu'au 13 juillet. A l'occasion du Congrès international Wagner qui se tient à Genève, et pour la première fois en Suisse, jusqu'au 4 mai. En parallèle, également, aux représentations de Lohengrin au Grand Théâtre, jusqu'au 20 mai.

Epurer le décor

Le lien entre Adolphe Appia et Wagner est en effet étroit. Puisque ce sont les formes désuètes et surchargées des mises en scène de Bayreuth, auxquelles Appia assiste dès 1882 (à 20 ans à peine), qui le poussent à la réflexion. Il rédige des écrits théoriques. Trace des croquis. Simplifie. Afin que le fatras des décors ne distraie plus de l'écoute de la musique. Mais c'est la connivence, dès 1906, avec le compositeur et pédagogue Emile Jaques-Dalcroze (1865-1950) qui l'aide à préciser son esthétique. Ses Espaces rythmiques sont le corollaire des harmonies entre la gestuelle des corps et la perception de l'espace, que Jaques-Dalcroze tente de rendre perceptibles à travers sa gymnastique rythmique. Les deux hommes mettront en pratique leurs préceptes dans le cadre de la cité-jardin d'Hellerau, au nord de Dresde, où ils ont été invités à concevoir l'école-théâtre.

Outre les 23 feuilles présentées par le Cabinet des dessins, des documents et explications apportent d'utiles commentaires sur cette expérience, sur la volonté de mettre sur le même plan acteurs, musiciens, spectateurs, font comprendre comment les effets d'estompe au crayon sont devenus dans la réalité des jeux d'éclairage tamisés par des tentures, comment les mises en volumes se sont faites par la construction de praticables et de modules mobiles. A l'inverse, la réalité retrouve une portée universelle et symbolique dans les dessins d'Appia, grâce à des gradations étudiées, grâce à la sensation d'immensité et au sentiment de destinée qu'ils font éprouver.

Scénographie et modernité: dessins du Genevois Adolphe Appia (1862-1928). Maison Tavel (rue du Puits-Saint-Pierre 6, 022/418 37 00, http://www.ville-ge.ch/ mah). Ma-di 10-17h. Jusq. 13 juillet.