Roman

L'écrivain français Philippe Besson à confesse

Deux ans après «Arrête avec tes mensonges», Philippe Besson continue à évoquer ses amours de jeunesse

Il y a deux ans, Philippe Besson opérait un virage. Il ne révolutionnait pas son œuvre, mais, alors même qu’on devinait dans certains de ses romans une inspiration autobiographique, il abandonnait soudainement toute pudeur, usant de la première personne non pour se glisser dans la peau d’un personnage de fiction, mais pour parler de lui, Philippe Besson, ce juriste révélé écrivain à plus de 30 ans. Dans Arrête avec tes mensonges, il décidait de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Celle d’un jeune homosexuel originaire de Barbezieux, en Charente, et qui a connu sa première passion amoureuse et sexuelle avec Thomas, un fils de paysans perçu au premier regard comme un «garçon longiligne et distant».

Après avoir surpris avec Un personnage de roman, un portrait d’Emmanuel Macron à travers lequel il pensait parvenir à percer l’homme derrière le candidat à la présidentielle, voilà qu’il poursuit dans cette veine intime avec Un certain Paul Darrigrand. Comme si sa première incursion dans l’autofiction avait déclenché chez lui un irrépressible besoin de se dévoiler, quasiment de se confesser, même s’il ne s’agit pas là de dire quelque chose de honteux, mais au contraire de se souvenir de jours heureux.

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Après Thomas, voici donc Paul, rencontré alors qu’il préparait à Bordeaux un master en droit, tout à son bonheur d’avoir quitté Rouen, «la ville d’un grand silence, d’un absolu retranchement», où il avait précédemment étudié. Un jour, à la cafétéria, Paul s’invite brutalement à la table de Philippe. Philippe est happé et déstabilisé par «le regard insoutenable» de Paul. Les deux jeunes hommes deviennent amis, les semaines passent, ils savent qu’ils seront amants, et soudain cette phrase: «Ma femme m’attend.» C’est dans une relation adultère que Philippe va se lancer.

Le spectre de la mort

La première partie d’Un certain Paul Darrigrand rappelle Arrête avec tes mensonges. Besson raconte la passion, les secrets, les corps irrémédiablement attirés. Puis son livre bascule avec, soudain, cette autre phrase: «Il y a une anomalie dans vos résultats.» A la faveur d’un contrôle médical de routine, l’étudiant se découvre malade. Son taux de plaquettes sanguines est anormalement bas, tellement bas qu’il pourrait en mourir. A l’amour s’ajoute alors le spectre de la mort, et le roman de trouver enfin son rythme.

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Un certain Paul Darrigrand est le dix-huitième roman de Philippe Besson. Un roman de Philippe Besson se reconnaît à ses phrases courtes et musicales, son vocabulaire simple et percussif. Il y a chez l’écrivain français une sorte d’immédiateté qui, souvent, bouleverse. Le voir convoquer ainsi les fantômes de son passé, lui qui s’était jadis approprié des figures historiques (Proust dans En l’absence des hommes, Rimbaud dans Les jours fragiles, James Dean dans Vivre vite), a quelque chose de passionnant pour qui connaît son œuvre. S’y dévoilent en effet certaines de ses sources d’inspiration, dont cette maladie, qui était sans qu’on le sache au cœur de Son frère, son deuxième roman, adapté au cinéma en 2003 par Patrice Chéreau.


Philippe Besson, «Un certain Paul Darrigrand», Ed. Julliard, 222 pages.

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