Littérature

L'écrivaine omanaise Jokha Alharthi remporte le prix Man Booker International

Pour la première fois, une auteure du Golfe est la lauréate du prix littéraire Man Booker International. L'Omanaise Jokha Alharthi a séduit le jury avec son roman «Celestial Bodies»

L'Omanaise Jokha Alharthi a remporté mardi 21 mai à Londres le prix littéraire Man Booker International, qui récompense une oeuvre traduite en anglais, pour «Celestial Bodies», un roman qualifié de «subtil», «lyrique» et «profond» par le jury. Pour la première fois depuis sa création en 2005, le Man Booker International a récompensé une auteure du Golfe, qui est aussi la première romancière du Sultanat à avoir été traduite en anglais.

«C'est un grand honneur», a déclaré la lauréate à l'AFP, «ravie» qu'avec ce prix «une fenêtre a été ouverte sur la riche littérature arabe en général et la littérature d'Oman en particulier».
Pour la présidente du jury, Bettany Hughes, «le livre conquiert les esprits et les coeurs dans une même mesure». Avec un «art délicat», l'auteure nous «entraîne dans une communauté richement imaginée permettant de nous attaquer à des sujets profonds comme le temps, la mortalité et des aspects troublants de notre histoire commune». «Celestial Bodies évoque les forces qui nous contraignent et celles qui nous libèrent», a-t-elle ajouté, saluant aussi une traduction «précise et lyrique».

Lire aussi: Marion Poschmann, partir au Japon et se trouver soi-même  

Dans son roman «Celestial Bodies» (Editions Sandstone), Jokha Alharthi, 40 ans, raconte les lentes évolutions de la société omanaise après l'ère coloniale à travers les amours et les peines de trois soeurs, habitant le village d'al-Awafi. Mayya épouse Abdallah après un chagrin d'amour, Asma se marie par sens du devoir, et Khawla rejette toutes les avances en attendant son bien-aimé, parti au Canada. Le livre évoque aussi l'esclavage. «Je crois que la littérature est la meilleure plateforme pour avoir cette discussion», a déclaré l'auteure à l'AFP. Pour les juges, ce livre offre «un aperçu très imagé, captivant et poétique sur une société en transition».

Emergence d'«un talent littéraire majeur»

Le quotidien The Guardian avait salué une oeuvre qui donne à voir «une culture relativement peu connue dans le monde» et The National avait salué pour sa part l'émergence d'«un talent littéraire majeur».

Rayonnante sous un voile argenté, Jokha Alharthi a remercié ses éditeurs et la traductrice de son roman en anglais, Marilyn Booth, 64 ans. Les deux femmes se partagent une récompense de 50 000 livres (soit 64 200 francs environ).

Jokha Alharthi est l'auteure de deux précédents recueils de nouvelles, d'un livre pour enfants et de trois romans en arabe. Parlant couramment l'anglais, elle a obtenu un doctorat en poésie arabe classique à Edimbourg, en Ecosse, et enseigne à l'Université Sultan Qaboos de Mascate, la capitale portuaire du sultanat d'Oman.  Ses nouvelles ont été publiées en anglais, allemand, italien, coréen et serbe. 

Créé en 2005, le prix littéraire Man Booker International vise à encourager la lecture d'oeuvres de fiction de qualité écrites aux quatre coins du monde.  Parmi les lauréats précédents on trouve l'Israélien David Grossman, l'Américain Philip Roth ou le Nigérian Chinua Achebe. Cette année, un seul homme figurait parmi les six finalistes. Etait en lice notamment la Française Annie Ernaux pour «The Years» («Les Années»).

Publicité