Pas question d'attendre encore six mois la traduction française prévue pour le 3 décembre: les lecteurs romands dévorent Harry Potter… en anglais. En Suisse comme en France, la version originale de Harry Potter et l'ordre du Phénix est en tête des ventes, tous genres de livres confondus. En effet, depuis le 21 juin, jour de la sortie du livre, 3000 volumes ont été écoulés pour les seules librairies Payot. Même Titeuf serait battu sur une si courte période. En France, selon les chiffres donnés par le magazine professionnel Livres Hebdo, 20 000 tomes ont été vendus en trois jours. Harry Potter se retrouve ainsi en tête de liste du classement des meilleures ventes. C'est la première fois depuis 1999, année où ce classement IPSOS a été lancé, qu'un livre en anglais occupe la première place. Les libraires francophones, pourtant habitués à revoir tous leurs pronostics face à ce phénomène hors normes, ont été pris de court face à cette rage de lecture. Les seuls lecteurs anglophones ne permettraient pas d'atteindre de tels chiffres. Quel quel soit leur niveau d'anglais, les acheteurs francophones n'ont pas reculé devant ce pavé de plus de 700 pages. «Nous avons vu des passionnés arriver à la caisse avec Harry Potter dans une main et un dictionnaire anglais-français dans l'autre», raconte un libraire qui n'en revient toujours pas.

Jusqu'où peut mener la passion? Jusqu'à se lancer dans un pavé de plus de 700 pages écrit dans un anglais réputé peu commode alors qu'on ne maîtrise pas voire même que l'on débute dans la langue de Shakespeare. Seule l'impatience amoureuse peut expliquer les ventes records en France et en Suisse romande de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, cinquième tome des aventures du petit magicien paru en anglais le 21 décembre. Pas question en effet pour les accros francophones d'attendre la traduction en français prévue pour le 3 décembre. C'est le magazine professionnel français Livres-Hebdo qui a révélé la chose dans son classement des meilleures ventes IPSOS, toutes catégories confondues, pour la semaine du 17 au 23 juin. Pour la première fois, ce classement, lancé en 1999, voit un livre en anglais occuper la première place: 20 000 exemplaires ont été vendu en trois jours faisant mieux que le numéro 1 des bande-dessinées, 32 décembre d'Enki Bilal, ou la traduction française du dernier Mary Higgins Clark, en tête des romans.

En Suisse romande, Payot et FNAC confirment un phénomène similaire. «Nous avons vendu 3000 exemplaires depuis le 21 juin. Sur une si courte période, c'est du jamais vu», estime le directeur commercial de Payot, Jean-Noël Plantier. Même son de cloche à la FNAC, même si l'on ne donne pas les chiffres. «L'éditeur anglais n'a pas prévu cet engouement des francophones, ou alors il a fait exprès de prévoir court pour susciter un deuxième regain. Mais les stocks étaient en rupture presque immédiatement. C'est lamentable.» déplore le responsable de la filière livres de la chaîne française.

Apprentissage de l'anglais

Quel est le profil de ces lecteurs impatients? D'évidence, ils dépassent le strict cercle des anglophones. «Certains ont très certainement présumé à la hausse leurs connaissances d'anglais. Le vocabulaire du livre n'est pas d'un abord aisé. La plupart achèteront donc aussi la traduction française», présume un libraire de Payot. «Je pense que beaucoup se contenteront de lire quelques pages comme un beau livre», renchérit-on à la FNAC. Mais pas tous. Certains ont été vu à la caisse avec Harry Potter dans une main et un dictionnaire français-anglais dans l'autre...

Vocabulaire imaginaire

Comme Aline, Genevoise de 16 ans, qui n'a qu'une année d'anglais derrière elle. «Je ne pouvais pas attendre le 3 décembre. Mon frère est aussi un passionné, mais pas au point de se mettre à l'anglais. Je lis avec un petit scanner qui traduit immédiatement les mots que je ne comprends pas. Au-delà de l'aventure, j'aime par-dessus tout le vocabulaire imaginaire qu'on y trouve. C'est plus difficile de l'apprécier en anglais. Mais je m'aperçois qu'en quinze jours, mon anglais a déjà progressé.»

Face à ce succès d'Harry Potter en VO, les libraires sont tous en train de revoir à la hausse leurs prévisions pour la parution de la traduction française. «Tous nos repères tombent face à un tel phénomène. Il nous faut multiplier par deux, voire quatre, le nombre de livres pour décembre», prévoit déjà un libraire.