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«L’Ecume des jours», flop éditorial devenu classique

Le roman de Boris Vian célébré en 1995, lors du 75e anniversaire de la naissance de l’écrivain

« Une grosse cuillère d’argent dans la gueule et en plein petit paradis terrestre: voilà où et comment naquit Boris Vian. A Ville-d’Avray, près de Paris, et fils de rentier. Fils de rentier! lui qui se démultipliait comme on le fit rarement dans une infinité de tâches et d’activités qui allaient finalement avoir sa peau un jour de juin 1959. […] Vian père sera mystérieusement assassiné en 1944. Un rôdeur, dira la police. [Les Vian] ont pour voisin Jean Rostand, fameux biologiste célèbre pour ses expérimentations sur les grenouilles. C’est lui qui introduira Boris dans la sphère Gallimard. Où il sera accueilli avec plus que des pincettes. A la NRF, Vian rencontrera un seul appui, mais sans faille et de poids, celui de Raymond Queneau, son premier et sans doute son plus intransigeant admirateur, qui présente ainsi son protégé dans une préface célèbre et prémonitoire composée pour L’Arrache-cœur. «Boris Vian a écrit de beaux livres, étranges et pathétiques, L’Ecume des jours, le plus poignant des romans d’amour contemporains; Les Fourmis, la plus termitante des nouvelles écrites sur la guerre; L’Automne à Pékin, qui est une œuvre difficile et méconnue, mais ce n’est pas tout; car tout ceci n’est rien encore. Boris Vian va devenir Boris Vian.»

En attendant – car il faudra bien qu’il meure pour que naisse la légende –, Vian ne peut compter sur les «gars-limarre» pour conquérir la gloire. Un comité de lecture hostile et balourd refusera trois de ses ouvrages, qui devront paraître chez des éditeurs misérables, inconnus, privés de tout moyen de diffusion. Certes, la rue Sébastien-Bottin publiera L’Ecume des jours, mais c’est un tel flop qu’elle n’hésitera pas à pilonner rapidement les invendus. […]

1946 sera une année décisive où l’écrivain Vian éclate en quelques mois, sans d’ailleurs que personne, ou presque, ne s’en aperçoive: de mars à mai, il écrit d’un seul jet L’Ecume des jours. Le manuscrit traîne chez Gallimard, qui hésite, et manque le Prix Pléiade, sur lequel Vian comptait beaucoup, avec l’appui de Sartre et de Queneau. »

« L’Ecume des jours: le classique d’entre les classiques qui appartient déjà au patrimoine littéraire français et se voit comme tel abondamment potassé dans les écoles. Au son de la musique de Duke Ellington, l’histoire d’amour que tout le monde connaît, entre Colin et Chloé, jeunes, beaux, riches, insouciants et qui ne se dissoudra que par la mort de la jeune fille qu’un nénuphar ronge de l’intérieur. La maison du malheureux Colin se met à rapetisser, des fusils poussent dans son ventre, tout cela fait déjà partie du folklore Vian. Et L’Ecume, son premier grand livre, contient tout ce qui allait faire l’originalité de la manière Vian: créer un monde parfaitement cohérent, dont les lois ne sont pas connues du lecteur mais qu’il sent oppressantes et bien réelles – ce qui explique la parfaite crédibilité des invraisemblances décrites. Avec au passage un irrésistible travail de malaxage des mots: la fameuse guillotine de bureau à exécuter les ordonnances, le non moins fameux porte-cuir en feuilles de Russie ou encore le députodrome – n’est-ce pas plus sympathique que parlement? – sont quelques-unes des mille et une trouvailles qui parsèment L’Ecume. »

« Un roman qui appartient déjà au patrimoine littéraire français et se voit comme tel abondamment potassé dans les écoles »

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