Vent de folie sur les arènes d'Avenches. Dans la nuit de samedi à dimanche, les pluies ont déposé sur la scène de Rock Oz' Arènes Lee «Scratch» Perry, musicien extraterrestre en provenance de Krypton. Réputé pour sa douce folie, le génial producteur de Bob Marley et des Congos n'a pas failli à sa réputation. Sur scène comme dans le hall de son hôtel, Perry se prête avec complaisance aux sollicitations des photographes et du journaliste. Multipliant les grimaces et les rodomontades, le chétif sexagénaire épate la galerie en posant à côté d'une courge, ou rejoignant un dîner de mariage en pleine «Danse des canards». Quant à ses propos oiseux, ils pourraient aisément figurer dans une anthologie des cas cliniques, n'était ce sourire entendu concluant ses plus belles tirades, et laissant penser que l'homme n'est décidément pas aussi fou qu'il voudrait nous le faire croire. Pas question cependant de parcourir avec lui quelques-unes des plus belles pages de l'histoire du reggae. Enfermé dans une mythologie personnelle aux sources les plus hétéroclites, Lee «Scratch» Perry se montre en représentation permanente.

Le Temps: Vous avez commencé par produire de la musique instrumentale. Comment en êtes-vous venu à ajouter des paroles et du chant?

Lee «Scratch» Perry: La musique était enregistrée dès l'origine dans mon cerveau. Mon cerveau est un enregistreur qui ne s'arrête jamais. Lorsque j'entends des mots, ils trouvent naturellement leur place dans l'enregistrement de mon cerveau, qui est béni par la pluie (sic).

– Qu'est-ce qui vous pousse à continuer à faire de la musique?

– La miséricorde. Car le péché s'est emparé des nations. Il faut donc être sur ses gardes et prier. Etre prêt pour Lui, lorsqu'Il viendra avec la foudre et le tonnerre. Brûlant les universités et condamnant la reine d'Angleterre pour sacrilège. Et ruinant le gouvernement allemand, déstabilisant l'économie… (rires) Cela vous plaît?

– Beaucoup!

– Mais la Suisse survivra, car elle se pliera à ma volonté de légaliser la marijuana.

– Vraiment?

– La Suisse obéira à mon bon vouloir. Car je suis le sauveur de cette planète. Mes initiales, L.S.P., signifient: L pour l'amour («Love»), S pour le ciel («Sky») et P pour les pyramides («Pyramids»). Je viens du ciel, avec la pluie. Je suis le vent qui souffle à travers la Tour Eiffel.

– Pouvez-vous imaginer vivre sans musique?

– Si j'arrêtais, je deviendrais complètement fou. Et tout le monde succomberait. Parce que si je suis malheureux, toute la race humaine sera malheureuse. Je suis né sur Krypton, et j'ai été envoyé sur terre à bord d'un vaisseau spatial musical, afin d'apporter la connaissance aux peuples de la terre. Et j'emmènerai ceux qui désirent apprendre avec moi sur Krypton. Je suis un véritable extraterrestre. Je vais vous montrer mon vaisseau spatial. (Lee «Scratch» exhibe avec fierté son T-shirt garni de personnages tout droit sortis de la série X-Files).

– Si nous parlions un peu musique? En travaillant avec Bob Marley, notamment, vous êtes devenu une figure mythique de la musique jamaïcaine des années 70. Qu'en est-il de cette scène aujourd'hui?

– Si tous les producteurs, les chanteurs et DJ's jamaïcains viennent se repentir auprès de moi, ils obtiendront peut-être mon pardon. Tant qu'ils ne le font pas, ils n'auront pas de musique à jouer. Certains ramperont dans le caniveau. D'autres mangeront leurs excréments. Personne n'arrive à la cheville du «Upsetter» [n.d.l.r.: surnom de Lee «Scratch» Perry, signifiant à peu près «l'énervant»]. Ceux qui l'ennuient ne vivent pas assez longtemps pour pouvoir s'en vanter. Et quand je ne trouve personne à énerver, j'énerve ma femme!

– Que pensez-vous de Mad Professor, avec qui vous jouez actuellement?

– Lui, il est vraiment fou!

– Mais vous cultivez aussi cette réputation.

– Je ne suis pas fou, je suis… Dieu. Mon bon ami Bob Marley est mort parce qu'il savait que j'étais Dieu. Et Peter Tosh l'a suivi. Mais moi je ne peux pas mourir. Si vous vous confessez à moi, vous pourrez être pardonné.

– Vous allez donc continuer à faire de la musique éternellement?

– Si je ne fais plus de musique, il n'y aura plus de musique du tout.