La crise économique, le non au musée vaudois des beaux-arts et près d'un demi-million de francs pour 11 artistes, voilà les ingrédients du rendez-vous annuel de la Fondation Leenaards. Depuis 1996, en effet, celle-ci prime des personnalités à la fois «consommées» et des carrières en éclosion, a rappelé Michel Pierre Glauser, président de son conseil (lire ci-dessous).

Actualité oblige, ce dernier a évoqué l'impact négatif de la conjoncture sur les ressources (8 millions en 2007) de la fondation qui se consacre à la santé, au social, aux sciences et à la culture (3,5 millions). Les fonds à disposition ne sont plus les mêmes. Sans nuire aux engagements pris, Michel Pierre Glauser estime qu'il faudra réduire à l'avenir, même si de façon modeste, le volume des subventions. Toutefois, les arts n'en souffriront pas, a-t-il assuré.

Après le refus populaire du crédit destiné au développement du bâtiment du musée des beaux-arts à Bellerive - pour lequel la fondation avait prévu une participation financière de 10 à 15 millions -, Leenaards cherchera en premier lieu à empêcher le départ à l'étranger des collections privées promises au musée. Pour le reste, le conseil de fondation décidera le 11 décembre la suite des opérations.

Jouets d'un type nouveau

Parmi les huit boursiers de cette année, le Collectif Big-Game («gros gibier», du nom de leur première création consacrée aux trophées de chasse) décroche 50000francs afin de poursuivre la quête d'un design dévoyant les stéréotypes qui collent à la peau des jouets pour enfants.

Le Suisse Grégoire Jeanmonod, le Belge Elric Petit et le Français Augustin Scott de Martinville se sont rencontrés à l'Ecole cantonale d'art de Lausanne. De fil en aiguille, ils ont créé leur collectif en 2004, se sont installés à Lausanne et à Bruxelles, pour donner vie à une œuvre qui piste l'unique, l'expérimental pour le livrer ensuite au rayonnement industriel. «L'esprit IKEA, résume Augustin Scott de Martinville, avec le goût de l'hybride.»

Mandats - dernier en date: remouler les bouteilles du valaisan Provin - et recherches habitent leur travail. Les uns et les autres l'alimentent au propre et au figuré. La bourse de la fondation leur donnera surtout la possibilité de voyager, de rencontrer d'autres designers dans le but d'enrichir leurs connaissances qui serviront à façonner des jouets d'un type nouveau. A l'image de ce tapis en forme de circuit automobile où on pourra se prélasser et faire rouler des petites voitures.

Big-Game reconnaît la nécessité et le plaisir de s'exposer parmi leurs objets. La communication est fondamentale. Un livre riche en images, mises en scène par Milo Keller, ainsi qu'une rétrospective au centre culturel du Grand-Hornu en Wallonie font, ces jours, le point sur leurs activités.