Qui ? Christoffer Carlsson

Titre: Le Syndrome du pire

Trad. du suédois par Carine Bruy

Chez qui ? Ombres Noires, 352 p.

 

Cette nuit-là, ce ne sont pas les angoisses qui réveillent Leo Junker. Mais des gyrophares ricochant silencieusement dans sa rue. Une jeune droguée a été abattue dans son immeuble. Bien que suspendu, le policier décide de descendre d’un étage. Pour voir. Par curiosité.

 

Leo Junker n’attire pas la sympathie. Car ce policier suédois fait partie des affaires internes – la division des «traîtres» qui enquêtent sur les autres flics. Démis provisoirement de ses fonctions pour avoir abattu un collègue par mégarde, il perd le contact avec la réalité entre les rasades d’absinthe et les cachets qu’il avale à longueur de journée. Le quotidien que le suédois Christoffer Carlsson a choisi d’infliger à son personnage principal est bien rude.

Et tout s’empire encore quand Leo découvre qu’il fait partie des principaux suspects du meurtre aux yeux de ses anciens collègues, que le collier que tient ce cadavre anonyme dans les mains le relie directement à son passé et qu’un mystérieux inconnu le traque.

«En tant que criminologiste, je m’intéresse plus au «comment», au «quoi» et au «qui» dans un crime, plutôt qu’à la traditionnelle enquête de police», récite l’auteur dans une vidéo YouTube à l’occasion de la sortie du livre en français. (On peut se demander, en passant, à quoi s’intéresse la «traditionnelle enquête de police» si ce n’est au «comment», au «quoi» et au «qui», mais ce n’est pas le propos ici.)

En réalisant de nombreux allers-retours entre le passé et le présent de Leo, Christoffer Carlsson (29 ans) opte dans ce premier roman pour une narration guère originale. Et reste dans la pure tradition du polar scandinave en employant de longs paragraphes pour décrire Stockholm et cette fameuse dégradation du climat social (Henning Mankell, Viveca Sten, etc.). On n’évite pas non plus la référence aux parents du roman policier local, Sjöwall et Wahlöö.

Toutefois, s’il a été élu «roman policier de l’année» en Suède, c’est peut-être grâce à cette capacité de raconter un «effet papillon»; ou comment un coup de poing donné durant l’adolescence a pu provoquer un assassinat des années plus tard. L’auteur démontre ainsi qu’il est impossible de remonter à l’origine du mal, puisque même le coup de poing originel n’est que l’effet d’une cause plus ancienne encore.