Le 14 juin 2019 restera dans l’histoire. Quelque chose ce jour-là a bougé, s’est ancré pour longtemps dans la mémoire des femmes et des hommes qui ont vécu, qui ont vu, qui ont participé à cette grève festive – entre colère, fierté et joie – mais surtout pleine d’une énergie formidable dont l’élan n’est pas retombé.

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Une preuve parmi d’autres? La création d’une équipe de football féminine des Chambres fédérales. Les élues – nouvelles pour beaucoup car l’automne a vu l’élection record de 95 femmes – ont rendez-vous, toutes couleurs politiques confondues, le 8 septembre. Elles dévoileront alors leur maillot, rencontreront les coachs et créeront une association dont le but est de «favoriser les échanges entre femmes parlementaires de tous les partis».

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Certes, sur le terrain, comme en politique, l’équipe féminine suisse – au propre comme au figuré – n’a pas encore marqué. Un an après la grève, les progrès concrets sont maigres. La loi sur l’égalité salariale entre en vigueur le 1er juillet mais elle est dénuée de toute sanction alors que les femmes continuent à gagner en moyenne 600 francs de moins par mois que les hommes aux mêmes fonctions. Le parlement a avalisé un congé paternité – qui fait l’objet d’un référendum – mais seul un vrai congé parental permettra aux futurs pères et aux futures mères de mieux concilier vies professionnelle et familiale.

Pourtant, les femmes s’entraînent et s’organisent. Au nouveau parlement à Berne, les choses changent. Les élues ont investi les commissions qui préavisent tous les dossiers avant les débats en plénum. Elles y sont parfois majoritaires, comme dans celle de la santé au Conseil national et celle de la science au Conseil des Etats. Elles portent de nouvelles priorités et de nouvelles notions comme le «gender budgeting», une budgétisation des dépenses publiques qui tient compte du genre. Quant aux entreprises, malgré les souplesses de la loi, elles ne peuvent plus ignorer les inégalités salariales, ne serait-ce qu’en termes d’image, face à une société dont la conscience est éveillée.

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Ce dimanche, une nouvelle grève – moins massive, diffractée, crise du coronavirus oblige – aura lieu. L’occasion de consolider les solidarités, qui au plan politique, notamment, ne vont pas toujours de soi. Les élues de droite, par exemple, avaient hésité, il y a un an, face à l’implication des syndicats, à rejoindre la grève. Aujourd’hui, elles sont plus nombreuses à s’engager pour l’égalité, en prônant par exemple le développement de structures parascolaires ou la revalorisation des métiers d’infirmière ou d’agricultrice.

C’est un effet de l’élan de 2019, l’équipe féminine suisse s’étoffe et prend des couleurs. Gageons qu’elle sera sur le terrain, en pleine forme, pour fêter l’an prochain le 50e anniversaire du suffrage féminin.