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A Berlin, la prestigieuse Volksbuhne navigue désormais à vue.
© Omer Messinger

Scènes

La légendaire Volksbühne dans la tempête

Le légendaire théâtre de la Place Rosa-Luxembourg, à Berlin, traverse une grave crise: sans direction, sans troupe et sans programme, il est à réinventer

A Berlin, les amateurs de théâtre sont comme pétrifiés. En l’espace de quelques mois, l’une des plus prestigieuses scènes de la ville, la Volksbühne, sur la place Rosa Luxembourg, dans la partie est de la capitale, a littéralement disparu du paysage culturel. Sans direction, sans troupe et sans programme, l’institution est à réinventer. Dernière étape de cette longue descente aux enfers, le directeur artistique Chris Dercon, en poste depuis septembre seulement, vient de quitter la scène «avec effet immédiat».

Contesté avant même d’avoir pris ses fonctions parce qu’il n’était pas metteur en scène, ce Flamand venu des arts plastiques avait succédé au légendaire Franck Castorf, resté vingt-cinq ans à la tête de la Volksbühne. Le style avant-gardiste de Castorf, fêté par les plus grands festivals de théâtre européens, avait donné à la Volksbühne une renommée internationale. «Enfant terrible» du théâtre européen, il avait notamment adapté les grands auteurs russes comme Tolstoï ou Dostoïevski en revisitant leurs écrits. Son Faust de sept heures – la dernière de ses mises en scène inspirée de l’œuvre monumentale de Goethe – s’était jouée à guichets fermés et sera présentée au Festival Theatertreffen de Berlin dans quelques semaines.

Lire aussi: La Volksbühne, du théâtre à l’événementiel

Avec Chris Dercon, la municipalité de Berlin avait espéré apporter un peu de glamour à la scène berlinoise, misant sur l’expérience de celui qui a dirigé de 2011 à 2015 la Tate Gallery of Modern Art de Londres pour développer l’événementiel, et ainsi renflouer les caisses. Dercon espérait notamment utiliser les hangars désaffectés de l’aéroport de Tempelhof pour y importer de grandes productions internationales. Mais la greffe n’a pas pris. La brève parenthèse Dercon a même commencé sous de mauvais auspices, avec l’occupation du théâtre pendant quelques jours par une poignée d’activistes pour protester contre les «dérives de la politique culturelle» de la municipalité.

Trois premières en six mois

«Sept mois plus tard, on est face à un tas de ruines, constate Barbara Burckhardt, spécialiste du théâtre au magazine Theater Heute. Le principal problème, avec Dercon, est qu’il n’avait ni plan ni stratégie pour la Volksbühne. La première chose qu’il ait faite a été de se séparer de la troupe. Sur les onze acteurs que comptait l’équipe de la Volksbühne, il n’en reste que deux. En six mois, il n’a organisé que trois premières, toutes de spectacles invités. Mais c’était beaucoup trop cher – jusqu’à 15 000 euros la soirée – pour un maximum de 100 spectateurs dans la salle. Certes, ni Castorf ni la municipalité ne lui ont facilité la tâche. Mais on a vraiment l’impression que Dercon est arrivé à Berlin sans la moindre idée de ce qu’est un théâtre… Comment les choses vont-elles évoluer? Personne ne le sait. Il faudra au moins deux ans pour constituer une nouvelle équipe.»

En attendant de trouver le candidat(e) providentiel(le), la municipalité a chargé Klaus Dörr, l’un des responsables de la Volksbühne, d’expédier les affaires courantes. Sa priorité sera de mettre rapidement en place un programme de spectacles invités. «La Volksbühne a un grand nombre de techniciens salariés, qu’on ne peut pas licencier. Les frais courants sont très élevés», rappelle Barbara Burckhardt.

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