Surnommé parfois le «Mark Twain» des paroliers, cité par Bob Dylan comme l'un de ses compositeurs préférés, John Prine, chanteur reconnu de la musique folk américaine, est mort mardi à l'âge de 73 ans de complications liées au coronavirus.

«Les chansons de Prine, c'est de l'existentialisme proustien pur», disait Bob Dylan en 2009. John Prine s'était, en 50 ans de carrière, forgé l'image d'un maître des mots, spécialiste des ballades mélancoliques teintées de surréalisme. Né le 10 octobre 1946 à Maywood, dans l'Illinois, John Prine a commencé à jouer de la guitare en amateur avant d'émerger à la fin des années 1960 à Chicago.

Repéré par la star de la country Kris Kristofferson, John Prine connut le succès dès son premier album à son nom, en 1971, qui fut salué par la critique. En 1981, las des grandes maisons de disques qui exploitaient selon lui les artistes, le chanteur folk lance son propre label, Oh Boy Records, à Nashville. Il a continué à se produire sur scène jusqu'à ces toutes dernières années, et sortit encore un album en 2018.

«Sa musique est extraordinairement éloquente»

Amoureux de la musique bluegrass, John Prine mêlait dans ses ballades amours passées, solitude et regrets, surtout dans ses productions récentes empreintes de références à la mortalité. «Sa musique est extraordinairement éloquente - il est dans le même avion que Neil (Young) et (John) Lennon,» disait Roger Waters, des Pink Floyd, en 2008.

L'une de ses chansons contre la guerre du Vietnam, Your Flag Decal Won't Get You Into Heaven Anymore, connaîtra une seconde jeunesse au début des années 2000, avec le début des interventions américaines en Afghanistan et en Irak. Elle lui vaudra une gloire renouvelée, mais aussi beaucoup d'attaques.

Testé positif en mars

Il avait réchappé à deux cancers. En 1988, on lui retirait des cellules cancéreuses au cou. Il fit un an de rééducation de la voix avant de pouvoir à nouveau chanter en public, avec un timbre un peu plus grave. En 2013, le cancer touchait un poumon, qu'on lui retirait en partie.

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Après avoir rejoint en 2016 Chuck Berry et Leonard Cohen au club très fermé des compositeurs acceptés dans l'organisation littéraire PEN, John Prine a été sélectionné pour entrer au Panthéon des compositeurs en 2019, le Songwriter's Hall of Fame, avant d'être honoré en janvier d'un Grammy saluant l'ensemble de sa carrière. 

Sa femme Fiona avait indiqué en mars qu'il avait été testé positif pour le Covid-19. Le 29 mars, sa famille précisait qu'il était intubé, dans un état critique. Sur son dernier album, il imaginait ce qu'il ferait une fois au paradis: «Je prendrai un cocktail, vodka et ginger ale, je fumerai une cigarette de 15 kilomètres de long.»