L'albâtre est une roche très particulière. Il a l'apparence d'un marbre clair mais il est plus crémeux. Il a surtout une opacité translucide. Et dans les premières églises, on l'a utilisé en fenêtre pour tamiser la lumière, avant le recours au verre et aux vitraux. Il a du mystère qui a séduit Maria-Carmen Perlingeiro. Originaire de Rio de Janeiro où elle est née en 1952, diplômée de l'Ecole des beaux-arts de Genève, elle avait auparavant travaillé le marbre. Elle en avait extrait des formes plutôt molles, souples. Avec l'albâtre, c'est plutôt l'inverse qui s'est produit. Même si à l'espace Artrium, à Genève, ce qui est montré ne dit pas tout de son parcours et de ses travaux.

Trois de ceux présentés ici remplissent une fonction didactique à l'endroit du spectateur. Posées sur une plaque lumineuse, des rondelles comme de grosses pièces de Monnaies - c'est du reste le titre de l'œuvre -, de diamètres divers et d'épaisseurs différentes, offrent d'admirer les propriétés de transparence de l'albâtre. Le dispositif fait aussi ressortir les veines et les marbrures. Un peu plus loin, cinq grosses formes ovoïdes, montées en Brochette sur une tige métallique qui les traverse, évoquent la nature goûteuse de cette matière. Les morceaux ont des qualités différentes et leurs couleurs s'échelonnent du blanc au gris en passant par le beige et la noisette. Quant à la sculpture formant cinq gros Livres empilés, elle dit l'apparence de peau, de cuir, que peut avoir cette pierre ou l'aspect de papier qu'elle peut aussi suggérer.

Dialogues dos à dos

Maria-Carmen Perlingeiro a utilisé judicieusement cette propriété. En travaillant des plaques des deux côtés. Inscrivant un objet en ronde-bosse sur une face et un autre instrument au verso. Avec des clins d'œil quant aux associations de formes. Certaines se font écho dans l'opposition disque (33T) et horloge; un stylo et une cravate se retrouvent assortis par une similitude d'allongement. Par contre, dans le dos à dos agrafeuse/tasse, le rapprochement est plus allusif. D'ailleurs, si dans les deux premiers exemples, l'œil croit déceler l'objet de l'autre côté, dans le dernier, il mesure la tromperie du diaphane.

De cette ambiguïté, Maria-Carmen Perlingeiro a également tiré parti. A travers 48 Objets flottants, suspendus comme des luminaires. Allusion à l'usage de l'albâtre dans les arts décoratifs. Mais ce pourraient tout aussi bien être des formes à chapeaux, des empilements de porcelaines, des bilboquets en bois ou une escadre d'objets volants non identifiés.

En contraste, les peintures très colorées d'Yvan Moscatelli, exposées dans le même espace, font dans le plus incisif. Elles sont concises comme des SMS - titre de plusieurs d'entre elles - avec leurs tracés impératifs déchirant des espaces calmes.

Maria-Carmen Perlingeiro, sculptures. Yvan Moscatelli, peintures. Artrium (rue de la Confédération 2, Genève, tél. 022/375 60 78). Lu-ve 8h30-18h. Jusqu'au 30 mai.