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Des Lego archi beaux

L’architecture avec ungrand A à la portée de tous, grâce aux célèbres briques

Drôle d’époque, où les enfants ont des BlackBerry, et où leurs parents jouent aux Lego. Le danois leur donne le plus beau des prétextes: reconstruire dans leur salon la Maison-Blanche, l’Empire State Building ou encore Fallingwater, la fameuse maison sur la cascade de Frank Lloyd Wright, un des chefs-d’œuvre de l’architecture du XXe siècle, avec une précision du détail et une allure générale tout à fait..., édifiantes. Forcément. Depuis cette semaine, il y a aussi la Robie House, toujours de Frank Lloyd Wright. La célèbre maison de Oak Park, dans la banlieue de Chicago, comporte 2276 pièces – en plastique. Un nombre qui écarte d’emblée les petits enfants.

Une madeleine de Proust pour les doigts que ces Lego. Plaisir de retrouver les petits tubes qui agrègent les briquettes, leur musique inimitable dans les cartons... On les abandonne vers 10-12 ans, sans avoir toujours la permission de les vendre au vide-greniers: c’est le genre de jeux que les parents aiment, et conservent quand ils en ont la place pour d’autres enfants, voire de futurs petits-enfants. On les retrouve généralement en devenant parent soimême.

Ce n’est pas la première fois que les amateurs d’architecture et les petites briques se donnent rendez-vous

Sauf maintenant, donc. Car les modèles Architecture sont vraiment tentants. Et destinés aux grands (à partir de 12 ans, précise la boîte, voire 16 selon les modèles). Aux Etats-Unis, on les trouve d’ailleurs dans les boutiques des musées d’art contemporain, pas dans les magasins de jouets. Le Musée Guggenheim de New York, la Burj Khalifa de Dubaï... Un historique de chaque bâtiment constitue la touche Adultes avertis de ces coffrets très soignés, avec des photos de l’édifice original, des plans, une remise dans le contexte historique et architectural. La plupart sont très réussis. Signe que les passionnés adorent: des images quasi volées du modèle Porte de Brandebourg avaient circulé sur Internet avant même la mise en vente de la boîte, comme pour un iPhone...

Andreas Kunz fait partie des adeptes de ces Lego chics, qui débarquent tout juste en Europe. «C’est très innovant, très élégant». A 27 ans, le fondateur grison de Swiss Lug, l’association suisse des amateurs de Lego, n’a jamais connu le dark age, ce moment de la vie où on s’arrête de jouer avec les petites briques. Même sur son lieu de travail, un bureau d’architectes, il lui est arrivé de fabriquer en Lego une maison en train d’être construite... Ce grand collectionneur a déménagé pour héberger ses créations dans un grenier de 120 mètres carré uniquement consacrés à sa passion: il possède plus de 750 kilos de briques... «Plus elles sont petites, plus elles peuvent avoir d’utilisations». Ce que confirme Jean-Louis Bergamo, son homologue français: les adultes préfèrent les basiques. C’est toute la beauté de ces nouveaux Lego: ils comportent peu de pièces spécifiques, renouant avec l’esprit originel du jeu d’imagination. Faut-il comprendre que les pièces très grandes qu’on trouve dans les boîtes des années 1980 et 90 correspondent à des générations d’enfants qui n’ont plus la patience de prendre des jours pour terminer un bâtiment...

Ce n’est pas la première fois que les amateurs d’architecture et les petites briques se donnent rendezvous. Une merveilleuse exposition avait circulé dès 1986 dans plusieurs musées européens, pour laquelle Lego avait donné carte blanche à de grands noms de l’architecture dont Jean Nouvel, ou le Bâlois Jacques Herzog; hélas, le catalogue est épuisé. Hors cadre officiel, les AFOL, les Adults fans of Lego montrent régulièrement
leurs créations lors de salons de modèles réduits, ou sur le Web, bien sûr. C’est lors d’une exposition que Lego a rencontré l’architecte Adam Reed Tucker, à Chicago, capitale du beau gratte-ciel. Ses formidables reconstitutions de la John Hancock Tower ou de la Sears Tower, visibles au Musée des sciences de la ville, des sculptures de près de 3 mètres de haut, ont conquis la firme danoise qui lui a confié la réalisation de ces nouveaux Lego. Des designers ont aussi été pressentis et de nouvelles créations devraient voir le jour d’ici à Noël. A l’heure du virtuel, la pierre reste un bon investissement.


A découper

Tous les Américains connaissent les cahiers Dover, qui proposent dans du papier fort à découper des villages d’Indiens, les costumes de Marie-Antoinette, ou... des maisons à construire. Dans le catalogue, très complet, on trouve un village typique de la Nouvelle-Angleterre, la Maison-Blanche et la Burj Khalifa. Ou la Robie House, qui représente plus de 150 petites pièces à assembler, soit une trentaine d’heures de travail. C. F.
Réservé aux plus grands. http:// store.doverpublications.com/

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