Patrimoine

Leïla el-Wakil: «La rade genevoise, un énorme bazar, hélas»

Observatrice passionnée du développement de Genève, l’historienne de l’architecture Leïla el-Wakil déplore l’encombrement anarchique des quais. Elle retracera le destin d’un site en forme d’écrin samedi au festival Histoire et Cité

«Genève possède les plus beaux quais de Suisse, mais ce sont les plus mal entretenus aussi, un énorme bazar au fond.» Face aux miroirs cendrés d’un bistrot des Eaux-Vives, à deux enjambées du lac, les yeux bleu diamant de Leïla el-Wakil dardent: cette professeure d’histoire de l’architecture à l’Université de Genève, toujours sur la brèche malgré une retraite récente, est intarissable sur le destin de cette Rade, miroir d’un art de vivre, des incuries des autorités parfois.

Comme des milliers de promeneurs, la Rade ravit Leïla el-Wakil. Comme des milliers d’esthètes – souvent les mêmes – elle la fâche aussi. Ne devrait-on pas jouir sur ces quais d’une idée de soi et du monde? Se sentir marin d’eau douce comme Guy de Pourtalès? Au lieu de cela, on bute sur les baraques des glaciers, les bateaux même pas ivres, affalés sur leurs chariots, les édicules des loueurs de pédalos.