Leïla Slimani s’est fait un nom avec des romans tendus comme des peaux de percussion, des intrigues resserrées sur l’intimité de quelques personnages à peine, dans un Paris contemporain et dur. Après Chanson douce, Prix Goncourt 2016, inspiré d’un double infanticide commis par une nounou, l’écrivaine s’est lancée dans une fresque romanesque, Le Pays des autres, à large spectre historique: le Maroc, de la fin des années 1940 à aujourd’hui, vu par les yeux d’une famille, fortement inspirée par celle de la romancière et en particulier par le couple hors norme que formaient ses grands-parents maternels.

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Après le premier volet intitulé La guerre, la guerre, la guerre, paru en mars 2020, voici le tome 2, Regardez-nous danser, en librairie dès le 3 février. On retrouve le couple formé par Mathilde, Alsacienne, et Amine Belhadj, né à Meknès au Maroc et engagé pendant la Seconde Guerre mondiale dans un régiment de spahis. Après leur mariage en Alsace, ils s’installent au Maroc, sur les terres familiales. Le projet d’Amine est de créer une exploitation agricole modèle. Les obstacles à la réalisation de son projet sont nombreux dans un pays encore sous le joug colonial. La plus grande partie du premier tome était consacrée aux années sanglantes qui ont précédé la fin du protectorat français en 1956 et aux déchirements que la période a provoqués au sein de la famille d’Amine.

Soif de liberté

Regardez-nous danser débute en 1968, dans un Maroc indépendant où la famille Belhadj, grâce à son exploitation désormais florissante, a fait son entrée dans une bourgeoisie à peine déstabilisée par la fin du pouvoir colonial. Entre soif de liberté, quête d’identité et pouvoir autoritaire, les personnages devront faire des choix difficiles.

Trafics ignobles

Autre nouveauté très attendue, autre saga familiale, celle que Pierre Lemaitre débute avec Le Grand Monde. Après avoir écrit des romans policiers et des romans noirs qui ont marqué les annales du genre (Travail soigné, Alex, etc.), Pierre Lemaitre a marqué tout autant les esprits avec Au revoir là-haut (Goncourt 2013), roman sur les lendemains de la Grande Guerre en France, avec ses trafics ignobles, le tout servi par des personnages inoubliables d’anciens poilus, immortalisés en 2017 au cinéma par Albert Dupontel.

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Au revoir là-haut était en fait la première pierre d’un édifice romanesque ambitieux et ample là encore: une traversée du XXe siècle, en neuf romans d’aventures, divisés en trois feuilletons ou sagas familiales. La première, intitulée Les Enfants du désastre, centrée sur la famille Péricourt, s’est conclue par Miroir de nos peines et la débâcle de 1940. C’est la famille Pelletier qui se déploie maintenant dans Le Grand Monde et qui ouvre une nouvelle trilogie consacrée aux Trente Glorieuses. La guerre d’Indochine est cette fois dans le viseur du romancier qui excelle dans la description des réseaux de corruption, des trafics et des compromissions qui constituent les coulisses de l’histoire et nourrissent la trame des meilleures fictions.