«Réunis ce matin, les jurés Goncourt devront choisir entre infanticide, suicide, génocide et cannibalisme», a glissé hier avec humour dans un tweet Pierre Assouline, l’un des jurés du plus prestigieux prix littéraire français à propos des sujets des livres en piste. Et c’est l’infanticide qui a remporté la palme avec «Chanson douce» de Leïla Slimani, dès le premier tour. Etaient également en lice «L’autre que l’on adorait» de Catherine Cusset (Gallimard), «Petit Pays» de Gaël Faye (Grasset) et «Cannibales» de Régis Jauffret (Seuil).

Meilleures ventes

Leïla Slimani devient ainsi la douzième femme seulement à remporter ce prix depuis sa création en 1903. Les jurés misent également sur un nouveau talent puisque Leïla Slimani remporte la palme avec son deuxième livre paru. Son premier, «Dans le jardin de l’ogre», sur une femme nymphomane, avait déjà été remarqué par la critique et le public (un film est en préparation). Avant l’annonce du prix, «Chanson douce» était déjà dans les meilleures ventes. Née au Maroc en 1981, d’un père marocain et d’une mère franco-algérienne, Leïla Slimani vit à Paris depuis 1999, où elle a travaillé pour le magazine «Jeune Afrique».

Lire aussi: Depuis 1903, seulement 9,7% de femmes ont obtenu le prestigieux Prix Goncourt

Corps des enfants

Pour «Chanson douce», elle s’est inspirée d’un fait divers qui s’est produit dans les beaux quartiers de New York en 2012: une nounou bien sous tous rapports a tué les deux enfants dont elle avait la garde. Le drame est transposé dans le Paris bobo, chez un jeune couple d’avocats. Le roman s’ouvre sur la découverte des corps des deux enfants du couple. Trois pages écrites dans un style clinique. Puis l’auteure remonte le temps et le lecteur va découvrir l’avant du drame. Comment Louise, la nounou exceptionnelle qui s’occupe des petits mais sait aussi cuisiner et transformer la maison en havre accueillant, va petit à petit prendre un ascendant démesuré sur ses patrons. Leïla Slimani fait le portrait acide d’une société qui se prend les pieds dans ses exigences contradictoires, où il faut à la fois se dépasser dans son travail et s’occuper des enfants, renoncer aux signes hiérarchiques mais grimper dans l’échelle sociale. Louise, malgré son emprise, reste une bonne aux yeux du couple. On pense à Genet évidemment. Il y aura un film, très clairement.