Journal spécial

L’élection américaine à travers le pays, jugée par des lecteurs de journaux

Le graphiste genevois Ludovic Balland signe le supplément «Day After Reading», que «Le Temps» offre à ses lecteurs. Portrait d’un passionné et d’un projet original, qui raconte ce que les gens ont retenu de l’actualité de la veille

A quelques jours des élections présidentielles américaines, «Le Temps» propose ici, et encarte dans son édition papier du mardi 25 octobre, un autre journal, réalisé aux Etats-Unis et imprimé à New York. Son auteur? Ludovic Balland, graphiste né à Genève en 1973 qui a eu l’idée, il y a trois ans, de partir aux USA interroger les populations sur leur manière de consommer l’information.

Découvrir l’édition spéciale «Day After Reading» en collaboration avec Swiss et le Festival Images de Vevey

«Day After Reading» c’est un portrait de l’Amérique qui raconte ce qu’elle a retenu de l’actualité de la veille. C’est aussi un vrai projet à la fois journalistique et graphique qui se déploie également sur une plateforme web.

Pour coller à l’envergure de l’événement

Initiée en 2014 à San Francisco, relancé en 2015 à Los Angeles, l’expérience démarre toujours selon le même principe: Balland embarque avec lui une équipe légère – un journaliste et un graphiste – qui reste sur place une semaine et publie un journal à l’issue de son séjour. «L’ambassade des Etats-Unis en Suisse m’a contacté en début d'année. Elle voulait savoir si l’idée de réactiver le projet pendant la période de l’élection présidentielle de 2016 m’intéressait», explique le graphiste – qui, bien sûr, répond oui.

Sauf que cette fois le roadtrip va devoir coller à l’envergure exceptionnelle de l’événement. 22 villes à traverser entre New York et Seattle, 15 000 kilomètres à parcourir du 1er septembre au 20 décembre et un livre pour raconter cette folle épopée: heureusement que chez Balland la foi déplace les montagnes.

Un grand-père inventeur de montres

Il faut dire que la foi, le Bâlois en a pour quatre. Comme son grand-père, fondateur en 1904 des montres Swiza, son CV affiche les hauts faits d’un parcours à l’ancienne sans Bachelor, ni Master mais avec un simple Certificat fédéral de capacité. «J’aurais voulu être photographe. J’ai commencé à bosser en marge de ma matu à la documentation photographique genevoise. Et puis j’ai embrayé sur la typographie. La meilleure école se trouvait à Bâle. En 1992, je suis parti étudier à la Schule für Gestaltung où enseignaient tous les derniers maîtres en la matière.»

Et notamment Wolfgang Weingart, auprès de qui Balland va apprendre les fontes au plomb. «Aujourd’hui, des gens comme François Rappo ont contribué à valoriser la typographie. A mon époque, elle n’intéressait personne. Je devais être le seul étudiant qui trouvait absolument passionnant de dessiner des polices de caractère. Je faisais ça la nuit chez les graphistes Müller + Hess qui me prêtaient une table dans leur bureau.» En 1997, on lui propose de plancher sur l’identité visuelle de la nouvelle Mini. Il trouve l’idée d’inscrire le nom de la voiture dans un cercle ailé. Le logo roule toujours pour la petite anglaise.

Un fou de papier

Mais Ludovic Balland reste avant tout un fou de papier. «Même si la lettre est prépondérante dans mon travail, je fais surtout des livres. Comprendre l’espace de la page, jouer avec la fluidité du texte: un ouvrage se construit comme une architecture.» Quitte a prendre à peu près le même temps pour boucler un chantier. «Le bouquin des 30 ans du Centre culturel suisse a été achevé en 10 mois, un record. En moyenne, il faut compter entre une année et demie et deux ans pour un livre d’architecture. J’en ai un que j’ai démarré il y a 8 ans. Quand il sera terminé il fera 1300 pages.»

Manière de dire que pour le graphiste, fabriquer un livre est davantage qu’une simple histoire de mise en page. «Depuis 10 ans je réalise surtout des bouquins d'architecture. Ce qui a fortement influencé ma carrière. Je participe à leurs conceptions, j’interviens sur l’iconographie. Je dessine des typographies spécifiques qui ne seront utilisées qu’à cette fin. Je suis un éditeur de l’ombre.» Avec quand même parfois de sacrés coups de lumière. Ludovic Balland peut ainsi prétendre à une liste de prix aussi longue qu’un jour d’été. Trois fois médaillé d’or au prix du «Plus beau livre du monde» à Leipzig, trois fois récipiendaire du prestigieux Type Director Club remis à New York, trois fois encore lauréat du Prix fédéral de Design, en 2016 il décrochait le Prix Jan Tschichold du nom du créateur du «Plus beau livre de Suisse» que Balland a déjà reçu quatre fois. «Je n’ai pas vraiment de style identifiable. Tous mes livres sont différents. Les affiches c’est autre chose. On retrouve des pistes comme l’orgie de noir et blanc qui caractérise mon travail.»

Bientôt, le catalogue de la Documenta

Lorsqu’il reviendra de son périple américain, le graphiste retournera au catalogue de la prochaine Documenta, la grande exposition d’art contemporain qui se déroule à Kassel tous les cinq ans. «Je m’occupe assez peu de conception numérique. Pour moi qui ai besoin de la matérialité de la page, le Web et son espace infini ne sont pas des terrains très excitants. On entend partout que la presse est morte, mais ce serait la fin du monde. La presse doit changer, mais pas disparaître.» Comment? Ludovic Balland a son idée. «En imprimant les photos des articles en immense. Les lecteurs adorent ça. Les grandes images, c’est bien la seule chose qui ne se trouve jamais sur Internet.»


Profil

1973: Naissance à Genève

1993-1999: Etude à la «Schule für Gestaltung, Basel»

2003-2014: Enseigne à l’ECAL en Bachelor et Master, ainsi qu’en Europe et aux USA

2006: Ouvre sa propre agence, Cabinet typographique, à Bâle

2013: Lance le projet Day After Reading à San Francisco

2015: Réalise le livre commémoratif pour le Centre culturel suisse à Paris: «30 ans à Paris».


Retrouvez nos articles sur la campagne américaine sur cette page.

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