Exposition

L’électro expose ses imaginaires et avant-gardes

Inauguré à la Philarmonie de Paris, «Electro, de Kraftwerk à Daft Punk» retrace l’itinéraire esthétique et poétique d’un territoire mouvant qui, né d’expériences en labo et studio, fait aujourd’hui danser la planète

Ça sent le sapin! C’était là notre réaction lorsqu’on apprenait il y a un an l’élaboration d’une vaste exposition consacrée aux musiques électroniques à la Philarmonie de Paris. Car après un nombre déjà consistant d’événements organisés ici ces dernières années et qui, de Bowie au reggae, examinaient entre fétichisme et didactisme la course des sons populaires au cours du XXe siècle, on craignait la fois de trop avec Electro, de Kraftwerk à Daft Punk. Erreur! Initiée par la directrice du Musée de la musique, Marie-Pauline Martin, et le commissaire Jean-Yves Leloup, pionnier français de la critique techno, l’expo aborde son sujet sous un angle esthétique et immersif passionnant. En onze mix, le DJ Laurent Garnier en signe la bande-son.

Un hall nu, sombre, encadré par deux grands tirages signés Andreas Gursky montrant des foules compactes de danseurs lors de raves allemandes, et dans l’air le vrombissement d’une basse analogique menaçante: dès l’entrée dans l’espace d’exposition, l’atmosphère si particulière du club underground, située entre inconnu, excitation et danger mesuré, est magistralement résumée. Dès lors, au visiteur de créer son itinéraire dans cet ensemble quadrillé d’échafaudages enchâssés, desquels courent des coursives menant à des îlots dissimulés. Au gré de la visite, on les découvrira au hasard, un peu comme on le ferait durant une nuit passée à la dérive dans un club clandestin de Londres ou de Berlin.