Présumé mort vendredi, mais pas encore enterré. L’ex-cinéma Plaza, sous le coup d’une autorisation de démolition depuis début octobre, était à moins d’une demi-journée de disparaître définitivement du paysage genevois, le délai d’opposition arrivant à terme ce lundi à minuit. «Les événements de cette fin de semaine nous ont fait l’effet d’un électrochoc», reconnaît José Lillo, comédien et administrateur du groupe Facebook «Touchez pas au Plaza». Lundi donc, en milieu de journée, coup de théâtre: lui, ainsi qu’au moins cinq membres d’un collectif des intérêts de la salle, ont déposé individuellement un recours au Tribunal administratif de première instance contre la destruction de l’œuvre de l’architecte Marc-Joseph Saugey.

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Deux jours ouvrables auparavant, la Ville baissait les bras, renonçant à recourir car considérant ses chances de succès inexistantes. Idem pour certains milieux patrimoniaux, ainsi que des groupements des intérêts de la salle, soit pour des raisons financières et de temps, soit pour des questions formelles de qualité à agir. «Nous avons eu le week-end pour nous renseigner juridiquement, explique José Lillo, qui avait misé gros sur un prétendu barrage municipal contre la démolition du Plaza. Et avons découvert que si nous ne pouvions intervenir en tant qu’association, il nous était possible de nous opposer légalement en tant que personnes affectées dans leurs intérêts supérieurs.»

Actes civiques in extremis

Parmi les recourants, quasi tous des membres de l’Association de sauvegarde de la salle de Saugey: le représentant d’un cabinet d’architectes, souhaitant pour l’heure rester anonyme, mais soucieux de préserver l’héritage immobilier de la Cité, un riverain (le député Vert Roberto Brogini), plaidant l’excès de nuisances – notamment sonores – liées à des travaux de démantèlement du Plaza, le réalisateur Laurent Nègre dont les possibilités de diffuser ses films seraient affectées, ainsi que le conseiller municipal socialistes Pascal Holenweg, auteur d’une motion en lien avec l’ancienne salle obscure. Et ce dernier de s’interroger, samedi sur les réseaux sociaux, concernant la stratégie du Conseil administratif de la Ville dans cette affaire: «Dès qu’on les laisse seuls trois jours, ils font des [bêtises]… on peut encore peut-être, rattraper celle-là au Conseil municipal, mais cela ne va pas être de la tarte…». Pascal Holenweg entend demander des comptes, mardi lors de la prochaine séance du délibératif, aux élus de l’Exécutif, sachant que ces derniers étaient en présence d’une motion et d’une pétition visant à préserver l’ex-cinéma.

La Ville a renoncé à recourir, estimant ses chances de succès inexistantes au vu de l’historique juridique des lieux (la salle n’est pas classée, contrairement au reste du complexe commercial appartenant à Mont-Blanc Centre). La probabilité de succès des citoyens opposants? Suspense. «Pour démontrer que le Plaza n’était pas rentable en tant que cinéma, la société propriétaire a appuyé ses arguments sur un rapport confus et truffé d’erreurs. Ce dernier a en plus, comme par hasard, été peu diffusé. Mais j’ai quand même pu le lire en détail», explique José Lillo, qui exige un réexamen sérieux des possibilités d’exploitation de la salle mythique de Saugey.